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Chimère

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Alors tu te rendors, mystérieux appétit.
Tes langueurs éreintées, sur de lentes pâtures,
S’écoulent pesamment, volcaniques bavures,
Vers le gosier béat du cœur qui ralentit.

Dans les chaleurs mouillées se tend et se dilate
La pénombre encensée par les odeurs des chairs.  
Et la faveur obscure de ce sanctuaire 
Protège entre leurs bras un sommeil écarlate.

Ici leur corps tremblant d’une grève épiderme
Ressemblent aux chevaux harassés de leur course.
De même illuminés ils reniflent la source
Dont s’irise ébloui le flot qui se referme.

Ici un temple git, unissant leurs visages,
Partage de leurs vœux aux fluides égarés,
Mélange de leur goût aux bouches emparées,
Confusion de leur songe en aphones ramages.

De leur souffle à l’empreinte de leurs voluptés,
Descend sur eux la grâce, encor, d’emprisonner
Le sentiment du feu dont il se sont donnés,
Ils baignent dans la cendre aux relents parfumés.

Ils se sont relégués de rien dans ce repaire.
Ils se sont étonnés que tout sens les ait fui.
Juste à sentir la faim qui les avait conduits,
Ventres creux, œil acide et mâchoires primaires.

Les griffes en fusion piquant l’échine d’ambre,
L’incisive enchâssant les maxillaires lèvres,
Fauves l’un avec l’autre confondant leur fièvre.
D’étreintes invoquée la chimère se cambre.

D’un puits rauque percé par les gémissements,
La rage délicieuse aux mille éclats surgis
Se déploie et déforme un zénith élargi
D’où provient l’inconnu de leur ravissement.

La peau en sueur luit de sa nimbe dorure.
La créature enivrée se roule et se tord,
De l’éperon dressant son impatient essor,
Du fourreau présentant sa prenante monture.

Rudes ardeurs trempées au galop du Centaure.
Otage de tendresse sous l’arche des reins.
Lion ailé conduisant l’attelage marin,
Passage d’une étrave à proue de sémaphore.

Harnaché au garrot de la sauvagerie,
Dégoulinant des eaux suintées par tous les pores,
Ecumant et grondant et se roulant encore
Dans des élans gracieux doués de brusquerie.

Monstre sublime épris de gestes magnifiques.
Les longs cris se supplient, s’implorent que ne cesse
La dérive barbare parée de caresses
L’entraînant se vautrer en dévotions orphiques.

De ces ébats fumant d’un rut incandescent,
L’esprit dissout reçoit un philtre dans les veines,
Et l’âme dans les flancs de cette intime arène
Se saisit de ses rennes pour charmer le sang.

Dans cet envoûtement le ressac et le flux
Accélèrent ensemble leur force en cadence 
Et l’animal flairant la trouble délivrance
Se redresse et se cabre et il ne manque plus

Qu’un tour d’étau ultime aux membres qui se nouent
Qu’une chute élancée vers le haut d’un cratère
L’enchaînement flambant se soulève de terre
Et fait jaillir de lui comme un volcan s’ébroue

Sève chaude et cris noirs aveuglants et nacrés
Projetés, exaltés de carcasses en feu
La syncope d’un trait dans un émoi furieux
Suspendue dans le laps d’un infini sacré

Fixant sa pointe aiguë de vertige orageux
Avant d’en libérer les vapeurs opulentes
Sur les chairs sidérées aux haleines brûlantes
Agitée de sursauts et de sanglots nerveux.

Chevauchée médusée traversée du courant
Diffusé dans la fibre en exaltants frissons,
Frémissant la mâchoire et renversant le front,
Bouche écumante et l’œil devenu dévorant.

Enfin c’est le silence en lequel tout s’achève.
L’un de l’autre le corps double se redéfait.
L’écho des sons et des odeurs les stupéfait.
La crainte les saisit d’une incertaine trêve.

Dans l’immobilité où l’instant sans limite
De lui-même s’éteint, où peu à peu s’effacent
Les traces des éclats, l’esprit reprend l’espace.
La chimère haletante, effondrée, se délite.

Un fragment de cosmos est l’unique unité
Dont elle va mourir pour avoir su en naître.
Elle s’est affalée avant de disparaître,
Rendant les corps émus qu’elle avait empruntés.

Vers le gosier béat de leur cœur ralenti,
S’écoulent pesamment, volcanique bavures,
Des langueurs éreintées sur de lentes pâtures.
Ainsi tu te rendors, mystérieux appétit.

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Anthémios

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Matin calme. Ville feutrée. Ouatée comme sont certaines aubes automnales. Crincrin des usages. Roulis des habitudes. Rituels contingents. Mais aux sons, mais au bruit, l’espace, ici, demeure sourd. Ici, dans l’anse ou fléchit le cours du canal. Ici, dans cette anse aux eaux lisses. Dont la voix hiératique porte ce jour-là un précieux et secret convoi. Une péniche au long ventre noir, ceinte sur le pourtour de sa coque d’une bande blanche lisérée de bleu. De chacun des grands yeux, peints de part et d’autre de la proue, pend une ancre.

C’est le front d’Anthémios qu’on voit d’abord paraître. Une immobilité de temps toute serrée dans l’acier des flancs du bateau.

Majesté impassible, austère et silencieuse, pour traverser la ville, descendant les écluses. Sarcophage titan en sa coque glacée, glissant avec lenteur vers les grands escaliers, retenant son cortège aux abords des machines, Anthémios arrive en haut du bief, aux portes de l’amont.

L’officiant aux commandes, visage invisible, les gestes et le pas hors du masque des heures et hors de sentiment, dans sa simple tenue de soutier grégaire, ordonne aux consoles les échanges des eaux. Fermer les portes de l’aval et faire le bief s’emplir d’eau.

Anthémios à la fois la tombe et le défunt, de même feu un astre et colossal sépulcre, attends là, dieu bercé, à l’entrée du passage. Les servants à la poupe, vêtus en noirs fuseaux, préparent les amarres, cependant qu’à la proue, devant l’auguste front, s’ouvrent pesamment les deux vantaux de pierre.

Quelques gens avisés des nobles funérailles, la tête découverte, le chagrin retenu sous les nuques penchées, observent dans le calme un deuil émerveillé.

Achevé de pénétrer entre les bajoyers, Anthémios enserré dans le bief plein d’eau verte, les portes de l’amont se referment alors, quand les servants honteux qu’il soit ainsi enclos pressent leur sombre office en lestes soins agiles.

L’officiant éclusier, mutique et sans yeux, sur un autre pupitre actionnant des leviers, dans le recueillement de la cérémonie, lâche les eaux du bief en remous vers l’aval.

Anthémios ou légende d’un prince déploré, saisi dans un sommeil à tout autre effrayant, beau soleil reposant condamné aux ténèbres, je te vois t’enfoncer dans la cale funèbre.

Partout par les regards, dans la solennité, dans les airs désolés sur ta tombe flottante, ton gracieux souvenir à nous tous immanent, la peine se répand comme offrande sacrée.

Encore un peu plus mort,

Encore un peu plus loin,

Encore un peu plus froid,

Dans ton cercueil de fer,

Et moi un peu plus pauvre,

Et moi un peu plus court,

Je vois s’ouvrir les portes

Vers l’aval de l’écluse.

Et les servants debout, puissants et dévoués, leur visage sévère, leur silhouette fière, contenant en soldat leur charge mortuaire, tendent vers l’horizon leur méfiance glaciale.

Sur la voie hiératique aux eaux vertes diaprées, Anthémios en quittant le bief aux murs trempés, son malheureux secret scellé dans ses longs flancs, s’engage sombrement vers la prochaine marche.

Elevant dans le ciel une pâle lumière, nimbant dans les vapeurs sa pudique clarté, le jour en révérence, d’un soleil embué, sème des feuilles d’or sur les eaux irisées.

Les cœurs mornes émus, tournées vers ton convoi, pensant déjà la suite de l’ultime voyage, l’assistance patiente à elle-même rendue, regarde d’Anthémios s’éteindre le passage.

Et moi sur ton visage à la grâce invisible, laissant l’imaginaire d’un hommage éperdu garder de ton passage un songe mystérieux, je t’ai vu, Anthémios, rejoindre l’infini.

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Une histoire des banlieues françaises

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Ecrire un livre d’histoire n’est jamais une mince affaire. Même si l’auteur, dans un probable souci d’humilité, a opté pour un titre modeste, « une » histoire, c’est bel et bien le déroulé de tout ce qui a marqué, imprégné, durant ces cinquante dernières années, ces grandes zones du sol métropolitain de la France, qu’on a appris à nommer les banlieues, que nous voyons ou revoyons défiler dans nos têtes, dans nos mémoires. Pour peu qu’on ait passé une partie plus ou moins longue de son existence dans un de ces territoires – c’est mon cas, Les Mureaux 1966/1978 – on a très vite le sentiment de lire une part de sa propre histoire. Et, remontant si loin déjà, et ayant parfois déjà saisi, à l’époque, à quels mouvements allaient être soumises ces régions peu à peu devenues étranges aux yeux d’une majorité de français, on redécouvre un parcours, des parcours, des histoires, des rendez-vous lamentablement ratés, des politiques pitoyablement insuffisantes, des exploitations partisanes, des indifférences coupables. Et des dérives. De part et d’autre. Puisque, telles deux vagues absurdement dressées, dont le destin des eaux aurait dû être logiquement de se mêler, une certaine société française, parfois vêtue de République, d’autre fois du supposé miracle du « Marché », s’est élevée, arque-boutée, contre un monde repeint en univers malsain où ne s’animerait qu’une délinquance endémique, d’où ne se répandraient que des trafics de drogues, d’où menaceraient des armées secrètes d’enturbannés préparant je ne sais quel « grand remplacement », où croupissent dans la laideur des grands ensembles des populations dont on se demande bien ce qu’elles font ici ! Parait-il !!!   

Avant d’aller plus loin je dois à l’honnêteté de dire que l’auteur est très favorablement connu de mes services. Et que sa trajectoire qui l’a amené à travailler comme responsable associatif en banlieue, notamment dans des médias de proximité, lui a acquis une très solide expérience du domaine exploré, et une non moins solide capacité à parler du sujet. Et à en bien parler !

Loin, très loin des expertologues de tous poils, des polémistes de toutes plumes, et des diafoirus emberlificotés dans leurs médications souvent intéressées, Erwan Ruty, oui, nous raconte une histoire.

Et quelle histoire !

De l’élan impressionnant de la Marche des Beurs en 1983 à l’incessante dénonciation de populations qui ne seraient sur le territoire français que pour percevoir des prestations sociales, des initiatives, sans relâche, pour intégrer une société qui se demande encore s’il faut en vouloir ou pas, au tragique catalogue des « ratonnades » et autres mystérieuses disparitions dans des commissariats, des promesses d’une gauche gagnée par la lâcheté aux rodomontades d’une droite motorisée par l’hypocrisie, les périodes se succèdent, avec une maîtrise de la chronologie très importante pour une bonne compréhension du récit.

Suivant le cours de l’Histoire, on réalise comment, entre libéralisme économique, dévitalisation de l’Etat, refuge communautaire, rejet raciste, appauvrissement et précarisation, les populations des banlieues ont dû, parfois su, rarement pu, justement, s’intégrer. Il est – hélas – devenu un lieu commun de pester contre les conséquences dont on entretient les causes. On trouve dans ces pages un excellent moyen de se remettre ces fameuses causes en perspectives. De cesser de les nier, totalement ou partiellement. D’en mieux analyser les contenus. De mieux percevoir où nous nous sommes trompés. Et peut-être même d’entrevoir comment faire autrement. Comment être autrement.

Car heureusement, très heureusement, ce livre n’a pas pour objectif de s’ajouter à la longue liste des mises en abime d’un fatalisme récurent, fort en vogue depuis presque un demi-siècle dans nos très occidentales contrées, au nom du très mémorable et mortifère « il n’y a pas d’alternative » asséné en son temps par une célèbre supplétive d’un économisme devenu quasiment totalitaire.

Et tout en nous faisant connaitre, ou mieux connaitre, ou reconnaitre de quoi on parle, de quelles populations, françaises par le sol de leur naissance, par l’Histoire, coloniale et post-coloniale, l’auteur nous suggère, nous annonce, que le modèle républicain qui survit comme façade d’un corps sous perfusion, va changer. Va devoir changer. Evoluer. Que toutes les énergies vivantes, fusantes, innervant les périphéries des villes de France, nourrissent, peut-être parfois à leur insu, le besoin d’un autre modèle de société, le besoin d’une nouvelle république. Cela s’est vu au travers d’expressions artistiques nouvelles, d’initiatives sociales nombreuses, mais aussi de mouvements dramatiques survenus au cours d’émeutes et autres violences urbaines. Au travers du cinéma, de la musique, des média – pour le meilleur, mais pas seulement, loin s’en faut… – au travers d’une littérature profuse et de postulats politiques diffus, mais parlant.

Ne négligeant rien des influences de contextes internationaux qui, logiquement, trouvent des débouchées dans un pays dont les gouvernements ont régulièrement, à tort ou à raison, alimenté les sources, et sans escamoter la problématique religieuse, toute aussi logique et prévisible conséquence des légitimes questions d’identités qu’ont laissées pendantes des politiques dangereusement spéculatives, Erwan Ruty esquisse pourtant bel et bien les contours d’un autre monde possible, un monde de tout le monde, ou les populations des banlieues jouent et joueront un rôle : celui dont elle s’empareront. Dont elles s’emparent. Qu’elles vont jouer. Et que toutes et tous nous finirons par jouer ensemble. Avec notamment pour défi majeur adressé aux vivants d’aujourd’hui et de demain, le défi écologique.  

Constellées d’acronymes « fourre-tout-pour-pas-grand-chose », objet de méfiances spéculatives autant que d’intérêts désincarnés, triste impasse de mémoires opportunément refoulées, jouet funeste de tous les extrémismes, les banlieues, les peuples des banlieues, battent, à contre-courant de tout cela, d’un cœur volontaire et souvent ardent ou se trouve contenu une part essentielle de l’avenir de notre société, de nos sociétés.

Je ne saurais trop, donc, vous inviter à lire ce livre, ce livre instructif, édifiant, éclairant, et par ailleurs écrit avec talent, ce qui n’est pas négligeable. Un livre salutaire !

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Nébuleuses

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Grand ciel plein de tourments, où tout semble immobile,

Où soudain toute seule une étoile qui file

Hante d’un millimètre des rêves avides,

Et s’éteint violemment sous la voute impavide.

 

La pensée s’hallucine d’une destinée,

Calcule et recalcule des coordonnées

De novas, de trous noirs, de rochers, de pulsars,

Soupçonnant un dessein, pourchassant le hasard.

 

Puis la pâle raison, ivre, s’évanouit,

A l’insu d’être là dans ce vaste inouï,

Et l’infante folie comme un charme diffus

 

Encense de ses ondes partout à l’affût

Des âmes en linceuls, des âmes en berceuses,

Petits astres mourants, naissantes nébuleuses.

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Liberté

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Toujours te revenir, toujours de longs couloirs,

Et n’en jamais finir d’en subir les détours,

Et l’attente élimée de parloir en parloir,

Où des bibles armées veillent à double tour.

 

Arrimée aux esprits d’une candeur innée,

Baignée des prophéties de vieillarde imposture,

L’or factice remplit, sur ceux des condamnés,

Tes yeux pendus de noir pour les chaines futures.

 

Dans un jour trop étroit pour ignorer la mort

Je penche dos au mur mon front sur les défunts

Au souvenir de toi prise parmi ces corps.

 

Et pressé mêmement d’une insoluble fin,  

Sur ton épaule nue, près de ton sein blêmi,

Je pose le moins digne une main qui frémit.

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Berceau

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Etendu yeux ouverts et bras le long du corps,

Sur un vieux fond de bois sentant algue et poisson.

Il rêve insouciamment, pas plus vivant que mort,

Au berceau dont le flot lui fait consolation.

 

D’amarres n’a jamais rien largué nulle part,

Ni accroché une encre au rivage du monde.

D’un doux silence froid, loin des fracas épars,

Il contine un espoir sous l’abyssale ronde.

 

Le vent sur son visage écope le trop plein.

La nuit sèche sa plainte et le jour, perle brume,

Le protège des cris qui froissent le lointain.

 

Rarement il ressent, comme un cœur qu’on exhume,

Un appel à la vie, quelques notes d’un chant,

Or ce n’est chaque fois qu’un cadavre d’antan.

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Retour au silence

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Vaste main aux fenêtres orangées, comme un front engoncé sous l’éponge du ciel.   

De là-haut pendent des versatiles au bout de leur fils, indécis immobiles.

Dedans filent des vestibules à travers les pendules vernaculaires.

Il se conte des ailes mortes, écailles en quelque sorte, de dépouilles au delà des portes.

L’origine et le bout du chemin ont versé de part et d’autre d’une île d’eau.

Une fête penchée aux craintes paresseuses hante autour d’un feu soporifique une robe d’alcool aux cristaux inclinés. 

Les impers perpétués accrochés aux patères dans une entrée de bronze au battant statique.

Il se tire des soies aux coins des chambres, par grâce décolorée, inhabitées.

Les mots remplacent leur absence et leur absence les remplace. Ils sont devenus peu. Presque rien. Sablier à perte.

Sur le toit, autour des murs, c’est une houle aux amples plis qui rassemble le dehors dans un col d’horizons mouvants, remonté jusqu’aux arbres.

Les ultimes efforts s’apaisent. A l’intérieur. On ne se défera pas d’un peu de boue aux semelles. On apprivoise la plainte alentour.

C’est la dernière case allumée comme une fibule vive qui retient tous les pans des terres endormies. C’est un dernier regard qui retient entre eux les voyages pensifs, par les pointes de leurs amarres qui plongent dans les doutes, dans les distances, dans les incohérences, dans les hypothèses, que les profondeurs retenues font peu à peu se taire.

Et c’est lui qui s’avance alors.

Et s’élève. Et monte. Depuis des jours. Feutrant les dallages. Couvrant les murs. Lui, beau, calme, solennel et simple. Lui, d’un encensoir bienveillant qui irise la vue sur tout objet posée. Lui, dormant de son éveil si souvent contrarié. Lui, si souvent dans un coin, guettant les sarabandes des voix, les agitations, les effusions, les élancements, les déperditions. Ou qui attend, aussi. La fin de l’amour. Le désert au soleil. L’épuisement des cœurs et des énervements. La floraison sensible et les cruautés de sa croissance. Lui qui tente à l’ennui de rendre ses marées, ses jusants, ses grèves exposées aux quatre points d’où naissent des puits que l’on croit vide parce qu’on ne sait y écouter.

Lui, d’après les corps aimés, les corps aimants, les corps embrassés, les corps explorés, et puis agrippés, confondus, exhalants, bruissants de souffles et de peau, et s’épuisant, hagards, à relire le plaisir pour qu’il en demeure, en lui, par lui, lui d’après l’insatiable éphémère.

Lui, famélique d’après les guerres. Lui, agonisant de froid dans les blessures et les déchiquètements. Enfanté par tant d’âges oubliés et commémorés. Assassin sans couteau des paroles cosmétiques. Et les mains dans les poches qui caresse la patience jusqu’à ce que son tour vienne. Car il vient. Toujours. Son tour de faiseur, lisse et glacé, de gêne plantée dans des pointes de chaussures. Son tour de passe-passe où on peut encore prendre des reflets grimaçants pour des sourires de tranquillité.

Lui, d’après la plaisanterie. Mulot narquois sorti de sa cachette. Féerie de bestioles aux discrétions suspectes. Filet aux mailles imprécises des parfums et des odeurs chuchotantes. Matière vivante qui épouse la charpente en craquements indistincts.

Lui, si doux, malgré le sel qu’on lui jette pour l’empêcher de s’envoler. Lui, si jeune, et tendre, et plein d’égards, dans les plis même, dans les traits, laissés par des plumes dont la plupart n’auront pas su, seulement, être vraie. Tendre veilleur de ce qui persiste. Accompagnateur des cris sans échos. Des regrets inévités. Des pas qu’il appuie vers le prolongement qui lui échappe.

Lui, au retour précieux. Diffus et propice. Qui pour le temps où on se livre à lui, recule les emplois calendaires qui se dévident et s’accumulent.

Lui, dont la grâce insidieuse peut aussi s’installer comme une flatterie à l’inutilité. Dont les vapeurs translucides savent pactiser avec l’insomnie. Et qu’on peut retrouver le regard décavé, sans s’être aperçu de rien, quand les linges détrempés s’allégent assez pour enfin laisser revenir le jour. Ou que dans un ciel nu le soleil perce de nouveau.    

Là, maintenant, inconnu familier qu’on congédie, il faut refaire un peu de bruit. Décrocher ses tentures. Jouer des portes. Mettre un peu de musique. Appeler quelqu’un, au téléphone, à l’autre bout du chemin restauré. Que les autres passagers qui sont allés dormir se réveillent.

Tandis que des fonds perplexes mais sereins, on ressort une tête à la langue timide et aux yeux ahuris. Que l’esprit décanté se remet, mesuré, à frémir mollement. Qu’une fraîcheur insinue, fine poudre d’argent, son frisson sur le corps engourdi. Que la pluie recommence. Ou que le bleu s’étale. N’importe. On ira aussi bien marcher pieds nus dans l’herbe ou dans la boue.

Il n’est pas de saison lorsque son retour nous prend, nous berce et nous repose. Et que, à notre insu, peut-être, il nous rend à nos sens, lavés, recousus, avec, retrouvées, une faim et une soif qui menaçaient de s’oublier.

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Préméditation

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A ton enterrement je vais,

Le cœur peut-être un peu noué,

Comme si je me souvenais

De ton miroir que j’ai troué.

 

Chaque aube fondante de mauve,

A l’ombre d’une traître pluie,

Dans une odeur poisseuse et fauve

Qu’exhalent de crasseux ennuis.

 

Et puis quand bien tassée la terre

Dans le champ calme d’outre-langue,

Je range froid mon révolver,

 

Je reviens au monde qui tangue.

Je quête à nouveau d’une voix

Qu’encore chante l’être en moi.

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Jours

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Chaloupes indécises, les jours qui dérivent,

Leurs contenus versant dans les nuits qui les noient,

Secrètement font bruire des ondes lascives

D’un message caché dans leur coque de noix.

 

Peu d’entre peuvent dire de leurs cargaisons,

D’une improbable main et sur quel gouvernail.

Commençant, finissant, sans aucune raison

Que les subtiles lois d’un cosmique foirail.

 

Seul un amour ici, ou ailleurs quelque crime,

Ou un château en feu, un peuple qui s’éveille,

Offrent à l’un d’entre eux une date sublime

 

Qui dore son esquif de sang ou de soleil.

Tous autres égrenés dispersent leur semence

Dans les champs inconnus d’une aveugle patience.

 

 

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Ombre

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Rencontré l’ombre rouge un matin primitif,

Clandestine doublure apparue d’un aveu.

D’une éclipse pochée par un essor votif.

A feux doux l’aube ornait des orgues nuageux.

 

Nul dieu évidemment, ni passé ni présent.

Nulle grise fumée, nul élixir complice.

Aucun rêve sorcier, aucun charme pesant

D’un scintillant trompeur sur ce moment propice.

 

Juste un message clos comme un habit sans drap.

Ou lorsqu’un peu de vent nimbe le solitaire.

Ou que de l’inconnu se voit tendre les bras

 

De l’autre bord d’un gouffre d’où fuit leur éther.

Que la vaine prudence et son lampion stupide

S’éteint pour un instant de flagrance lucide.

 

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