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Liberté

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Toujours te revenir, toujours de longs couloirs,
Et n’en jamais finir d’en subir les détours,
Et l’attente élimée de parloir en parloir,
Où des bibles armées veillent à double tour.
 
Arrimée aux esprits d’une candeur innée,
Baignée des prophéties de vieillarde imposture,
L’or factice remplit, sur ceux des condamnés,
Tes yeux pendus de noir pour les chaines futures.
 
Dans un jour trop étroit pour ignorer la mort,
Je penche dos au mur mon front sur les défunts,
Au souvenir de toi prise parmi ces corps.
 
Et pressé mêmement d’une insoluble fin,  
Sur ton épaule nue, près de ton sein blêmi,
Je pose le moins digne une main qui frémit.

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Viendrais-tu

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Tu as remarqué. Pas comme une question. Non. Comme un roman déjà. Monté en souples masses de gouttelettes, exhalaisons des sons horaires en tristes tintements de métal. Emané de toute la lande propagée à perte de vue, pour accueillir nos pays, nos errances, nos quêtes, nos châteaux temporaires, nos draps aux voiles gonflées, nos cris de pelisses puantes, nos lunes écarquillées, curiosités d’enfants translucides.
Avons-nous à ce point inversé les prisons qu’il faut que ce soit moi qui te lance un grappin.
Ecoute. Ecoute.
Il y avait un lumignon qui ressemblait à un petit coffret de théâtre. Des gargouilles osseuses, directement importées des Iles de Darienford, gardaient, de leurs sourires charmeurs, le cercle sous le dôme de volière. Elles s’asseyaient sous leurs têtes délicatement ornées, et dévoraient d’un coup, de leurs orbites de soie carnassière, le moindre dérangement qui risquait de perturber la représentation. C’est le Gouverneur des Iles de Darienford qui me les avait recommandées. Un homme affable et sensible, hélas coupé en deux, ce qui rendait très difficile le moindre de ses déplacements. Et pour tout dire impossible un quelconque voyage au delà des mers. Au mieux parvenait-on à le mener d’une des îles à une autre. Mais le plus souvent il évitait tout transport. Nous l’avions invité à plusieurs reprises pour assister à une de nos soirées : il n’a jamais pu s’y rendre. Ce qui ajoutait au problème d’être coupé en deux, c’était qu’il ne savait jamais en se réveillant le matin dans quel sens il le serait : en long, en large, en diagonale. Il lui était interdit de le prévoir. Il n’y avait que dans son sommeil qu’il était entier. On avait évidemment tenté de le transporter ainsi, pendant qu’il dormait. Mais à chaque fois, au moment d’embarquer, il se réveillait, séparé comme ceci, ou comme cela. Dans tel sens ou dans tel autre. S’engageait alors une pénible bataille entre telle moitié qui refusait de partir et l’autre qui en avait tellement envie. On avait bien sûr essayé des drogues et mille autres philtres pour approfondir son sommeil et éviter qu’il ne s’éveille au départ et surtout durant le voyage. Mais il manifestait une curieuse et terrible résistance à toutes les potions, ainsi qu’à l’hypnose à laquelle on avait également eu recours. Il cultivait ces gargouilles osseuses dans une immense bâtisse de terre cuite dont le matériau excavé pour aménager le lit avait servi à édifier l’atelier. Il était élégant et toujours très soigné, n’était le petit filet de sang qui pouvait apparaître ici où là, quelquefois, à un endroit où la césure du jour le faisait éventuellement souffrir. Cela dit il affectait une contenance pleine de dignité et empreinte d’une certaine grâce qui rendait sa compagnie très agréable. Personnellement je ne me souciais pas de le questionner sur son histoire. Elle devait être de toute évidence marquée d’une douleur qu’on imaginait aisément ancienne et tenace. Il ne parlait d’ailleurs pas de lui. Le peu qu’il évoquait d’un passé récent ou plus lointain concernait rarement sa personne et quoiqu’il racontât on eut été bien incapable de deviner d’où il venait et comment il s’était retrouvé ici, à habiter une de ces îles peuplées de gens qu’on ne rencontrait jamais. Et moins encore de comprendre pourquoi il était toujours coupé en deux. Toi, au contraire, tu avais posé quelques questions. Directes ou détournées. Alambiquées, diffuses, gênées. A chaque fois qu’il avait senti la pointe de l’interrogation l’effleurer, il s’en était suivi un interminable silence, d’une intensité étourdissante, qu’il passait tout d’abord à nous regarder, avec une expression de ciel au fond duquel n’aurait lui qu’une seule étoile, irrémédiablement perdue, puis par un phénomène inexplicable, nous étions, sans nous en apercevoir, projetés plusieurs heures ou plusieurs jours plus tard.
Après plusieurs livres il n’y eut plus de question du tout.
Je suis en train de penser, il y a si longtemps que nous ne l’avons plus vu. Je ne me souviens même plus de son prénom. Il me semble qu’il en avait un.
Viendrais-tu me chercher.
Ecoute. Ecoute.
Tout le public est là. Un gosse de peu d’âge, approximativement. Il a préféré s’asseoir au milieu du parterre. Négligeant la grande loge centrale. Il n’a pas vraiment grandi. Mais il a compris. Il n’y a pas d’entrée en scène. La lumière se déploie, monte et découpe d’abord les bataillons d’instruments puis après avoir installé son survol du fond du gosier jusqu’à la rampe, elle descend déplier l’oiseau de smoking noir sur sa vigie.
Je me demande ce que tu voudrais qu’on joue ce soir.
Je sens le pavé mouillé. J’ai son odeur. J’ai l’impression de cliqueter comme un concerto de serrures. Je dors sur des parvis. Je dépense mon temps dans des aquariums. Je m’efforce de faire patienter tout ce qui paraît encore pouvoir. Les ruisseaux font des anévrismes. L’air parfois devient rauque. Il faut que je rentre à la maison.
Mais est-ce ici, cette tour et cette bouche, navette barbare qui envoie au zénith des éclosions d’esbroufe. Est-ce ici cette valise qui ne s’ouvre plus et qui attend un crime assez épouvantable pour profiter de la diversion et appartenir au nouvel écrin de la mort. Ici le point derrière la vitre, trafiquant son indifférence à une blancheur climatique, à un nord sans âme, à un canal aux écluses taxidermiques.  Ici le va et vient, décalqué sur les murs d’une phrase saccadée qui ne saurait plus que s’inventer un serpent pour distiller sa goutte ulcérée.
Le petit coffret de théâtre. Le petit amusoir à vision. L’ondoyeur de plafonds. Le chuchoteur de verrous décodés. La malle de transport. Et la penderie aux entrailles. Tout est intact. De ce côté. Dans le creux de ma paume. Ma paume d’imprimeur. Ma paume imprimée sur les parois qui me retiennent dans la geôle de ton abdication. Ma paume sur les murs de ta liberté négative. Un battoir qui frappe la pierre pour dénicher le mécanisme de l’écroulement, et que tu te retrouves nu, comme nous, ou moi, ou tout le monde. Ou personne. Comme personne.      
J’entends ta question. Ce n’est qu’une question de miroir. Ca s’écrit tout seul. Le Gouverneur des Iles de Darienford en savait quelque chose. Je ne me rappelle pas s’il était plutôt jeune ou plutôt vieux. Dans son genre il n’était en outre pas le seul à en savoir. Dans le smoking noir il y avait aussi matière. Et de fil en aiguille, il y avait matière un peu partout. D’où les multiples extensions territoriales.
Non, nous n’en sommes pas à concourir pour celui qui s’est le mieux gardé. Le mieux préservé. Aucun n’a laissé mourir sa petite voix.
Ca n’est peut-être rien de plus que réveiller quelques baleines assoupies sous des horizons urbains où tu filais à toute vitesse en suivant leurs flancs rassurants. Et sans doute qu’elles peuvent tout aussi bien demeurer là, à roupiller encore pendant des siècles avant qu’un gamin s’y intéresse.
Tu as raison : rien n’est si utile que ça.
Juste que, je ne sais quoi, quelque chose, oui, que quelque chose puisse toujours survenir.
Pas plus.
Et qu’on sache, quand même. Si on va venir nous chercher.
Je ne t’apprendrais pas que toute prison est une voleuse.
Je te pose une question.
Tu as remarqué. Pas une question. Un roman.
Je me pose la mienne. Celle, peut-être que tu me poses.
Alors je vois la distance. Tu me la montres. Tu la vois.
Viendrais-tu me chercher.
Oui.
Mais moi : serais-je encore là.
Un roman. L’occasion de donner un prénom et un âge à ce malheureux Gouverneur des Iles de Darienford. De découvrir son histoire ou pourquoi il n’en aurait pas. De le délier de son maléfice. Et puis de programmer quelque chose pour ce soir. Parce que là le gamin, au milieu de la salle de concert, il attend.

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Les chiens

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Je ne savais sur quel vaisseau je m’embarquais,
A cet instant c’était le seul qui sur le quai,
Le ventre ballotant sur un flot empirique,
Et les voiles gonflant d’utopies héroïques,
Attendait vers la nuit pour perdre ses amarres,
Un passager fuyant jusqu’aux lueurs des phares.
 
Les chiens aboyant au bout du jour qu’engouffre l’ombre. Tandis que des volées de rires vides, lustres clinquants, vibrionnant comme pour conjurer les horreurs d’en bas, éblouissent le malheur du monde pour se le rendre invisible. Inexistant.
 
C'est l’enfant qu’on attache tout seul dans le noir,
Ayant dompté le corvidé du désespoir,
Qui sait parfois entendre et apprendre à parler,
De la peur ingénue, la langue déréglée.
Et s’en aller chercher dans le fond du placard
Par où glisser sans bruit son âme de blafard.
 
Les chiens hurlant comme trop de mort le font sans un cri, constellations d’ossement sous la surface. La déperdition du bien de tous s’engrange dans des coffres aux armées forcenées, guettant la moindre dent pour s’en faire un trophée, le moindre œil pour jouer aux billes, le moindre gueux pour lui broyer son cœur.
 
Du voyageur naissant, le nez de l’apatride
Humait très tôt le vice de l’autre homicide,
Une détestation d’un miroir gorgonesque,
Désert empli de soi et soi affreuse fresque
Où dansent les morceaux d’un être éparpillé
Qui dés l’aube pillait, craignant d’être pillé.
 
Les chiens que l’aurore finit par voir égorgés, importune menace. Les princes du faux pataugent dans la glue dorée de leurs obscènes outrances, pleins d’eux-mêmes et dans un ravissement de baudruches saoules de leurs propres vents dont ils encensent la vie comme une troupe de soudards n’oserait combler la plus malheureuse fille de joie.
 
Promesse d’horizon aux bords incohérents,
L’âge infus de beauté, d’un havre déshérent,
S’affranchissait de lois aux vertus inaudibles,
Prétentions de savoir et monnaies corruptibles,
S’en allait et fuyait, éperdu sans collier,
Sur le pont d’un navire à la poupe humiliée.
 
Les chiens morts couvrant de leur pelages ensanglantés les territoires du crime. Et la pègre inhumaine poursuit son attentat, sans honte et sans répit, sure d’un fait supérieur usurpé aux plus vastes et plus sages pensées. Brodant les loques goguenardes de leurs êtres avachis avec la langue dévoyée des arts sacrifiés.
 
Je ne savais vers quelle nuit je m’embarquais,
Regardant s’éloigner longtemps le sombre quai.
Mais aucune jamais infiniment ne dure.
Une voix surhumaine au fond nous en assure.
Inquiet et silencieux, près de moi, à la proue,
Était assis un chien au regard le plus doux.

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Enfer

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Ce n’est pas un empire de feu démentiel.
Ni un gouffre grouillant d’infinis hurlements.
Ni le revers du mythe d’un dieu en son ciel.
Ni l’affreuse menace d’un grand châtiment.
 
C’est un insignifié aux allures muettes,
Une once de cosmos à l’inertie pesante,
Un tout sombre joyaux mais aux miroirs qu’inquiète
Une folie de soi aux armes impuissantes.
 
Planté au plus profond vague d’une pauvre âme,
Débattant d’elle-même sa présence au monde,
Et sa présence à l’autre, inconciliable drame,
Mais vers quoi tout amour et toute haine abondent.
 
Chevillé au cortex insoluble de l’être,
Un fantôme de rires et de pleurs cruels,
Ca n’étouffe que sous le malheur de paraître
L’inhumain mouvement d’un insu éternel.
 
L’alibi de souffrir plaide pour qu’il se taise
De milliers d’oripeaux en partages iniques,
Allant s’éventrer même en haut d’une falaise,
Ou se couvrir le chef de couronnes comiques.
 
Solidement campé sur des superstitions,
Il fait, malade atteint de ses propres béquilles,
Graver d’absurdes lois dans d’informes prisons,
S’ériger des pouvoirs dans de creuses coquilles.
 
Mais peut-être une lance, enfin, d’une main sure,
Projetée au-dessus de ses champs d’ombre folles,
Une lance forgée de nouvelles augures,
Peut atteindre le coeur que l’angoisse désole.
 
La lance d’un regard qu’on n’a jamais porté
Sur la châsse scellée de ce poison malin,
Ou bien perçant le flanc de sa fatalité,
Le strident d’une voix et ses crocs assassins.
 
Vitales mais violence au grâces allégées
De leurs corsets crasseux, et défaite de tout
Une transe dansée jusqu’à faire exploser
Ce noyau fait de mort et bardé de verrous.
 
D’une aimante acuité un long trait meurtrier,
Une pensée surgie de toute la puissance
De siècles secrétée, au milieu des geôliers,
Et sème de partout toute une renaissance.
 
Secrète bulle ardente d’un brasier dément,
Eclatant d’un grain pur libre de l’ignorance,
Enfin, enfin visible à l’œil nu, un ferment
Qui au verbe souffrir ôte son immanence.

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Neutron

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Quand parfois quelques mots, anodins et subtils,

Viennent à distiller, au milieu du dédales

D’éreintantes pensées, sur l’air d’être futiles,

Une semée comme une fleur perd ses pétales.

 

Et ce peu qui se meurt, quelque soit l’abandon,

Hasarde de ce vrai que des gouffres dévorent,

Avalant nuits et jours dans un ventre sans fond,

A perte de vue trop petites météores.

 

Ca volette un moment, une mort d’éphémère,

Panique de bouts d’ailes de papillons ivres,

Transportant un message à l’encre délétère,

 

Ainsi que la sybille d’un mythe en délivre.

Inaccessible à l’air seul que nous respirons,

Il y pointe un œil noir en forme de neutron.

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Crime

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Crime s’avance en nombre, énigmé de lueurs,

L’œil faux toujours brillant, et l’œil vrai,

Accablé de tourments, pour conjurer sa peur,

A la honte réserve ses plus lâches traits.

 

Majesté encensée d’angoisse et de fantasmes,

Terrifiant serviteur des causes privatives,

Sournoise damoclès, confortable marasme,

Traine humaine au passage de terreurs plaintives.

 

 Il se laisse sans peine aussi coloniser.

Dans des champs où l’honneur, linceul sacrificiel,

Pour des dieux et des maîtres aux oeuvres damnées,

 

Sert de loi. Et aux peuples tournés vers le ciel,

De sombre couverture au coupable destin

D’avoir commis en guerre un meurtre de voisin.

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Vanité

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Entre les pourpres pans seulement entrouverts

Des rideaux accrochés dans les cintres célestes,

D’où un phare glacial rétrécit l’univers,

Voir dans leur vanité le calme de tes restes.

 

Découvrir de ton crâne tout déguenillé,

Parfaitement défait de son étroit costume

De chair mince et de fine peau éparpillée,

Immobile grimace, le charme posthume.

 

Deviner le tangible, le paisible état,

Dans les trous incongrus d’orbites impavides,

Sous la sèche paroi de ce bref habitat,

 

L’éternité partout qui travestit le vide.

Qui roule des étoiles, qui sème du sable,

Et nous rend le néant ainsi méconnaissable.

 

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Un jour je ne serai plus

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Un jour je ne serai plus.

Ce jour arrivera, je ne serai plus.

Peut-être que le jour de ce jour ne sera pas complétement sorti de la nuit. Ou n’y sera pas entré totalement. Ce sera le temps du chien-loup. L’heure de l’ombre qui va à la lumière. L’heure de la lumière qui va à l’ombre. On peut suivre ses traces dans la neige. Dans la boue. Pointillés suturant les domaines communs du temps. Les montagnes, les océans, les déserts, les plaines, les forêts, les êtres et les âmes. Ce n’est pas une question de vie ou de mort. C’est une question d’en-deçà et d’au-delà. Ce n’est pas une question d’un seul ni de toutes et de tous qui sommes depuis l’indéchiffrable commencement.

Ce sera un fait. Je ne serai plus à la terre souffrante. Je ne serai plus au ciel sans dieu. Ni à la main qui a tenu la mienne. Ni à la lame qui pointe vers moi. Ni à l’âge. Ni au néant. Ni à la beauté. Ni au crime. Un jour je ne serai plus sans bien savoir pourquoi. Pour quelle raison nouvelle. Ou pour quel puits sans fond.

Cependant je pense que ce jour où je ne serai plus, j’aurai dans le même temps compris, et trouvé, ce que je suis. Je ne sais quel sens ça aura que je ne sois plus. Plus ce que j’ai été. Je regarderai passer, fuir et couler, ce que j’ai été. Passer, fuir et couler, ce que je ne serai plus. Passer, fuir et couler, ce dont je serai, heureusement, mort.

Je ne serai plus la guerre.

Je ne serai plus la famine.

Je ne serai plus torture ni oppression.

Ni massacre ni destruction.

Je ne serai plus Rwanda.

Je ne serai plus Hiroshima.

Je ne serai plus Goulag.

Je ne serai plus Auschwitz.

Je ne serai plus Sétif ni Katyn.

Je ne serai plus Oradour sur Glane ni Charonne.

Je ne serai plus Sabra et Chatila.

Ni Dos de Mayo ni Tian’anmen.

Je ne serai plus soldat ni bourreau.

Je ne serai plus assassin pour les horribles folies d’un culte ou d’un autre.

Je ne serai plus la Saint Barthélémy.

Je ne serai plus un empire meurtrier.

Je ne serai plus de je ne sais quel monde supérieur s’autorisant à en exploiter, à en entraver, à en écraser, à en exterminer un autre.

Je ne serai plus le mensonge sacralisé d’une civilisation baignant dans le sang.

Je ne serai plus voleur de terres. Voleur de corps. Voleur d’esprit.

Un jour.

Oh ce ne sera pas un simple jour comme nous en connaissons. Il ne se mesurera pas en heures. Le chien-loup n’apparaitra pas d’une aurore frémissante pour traverser paisiblement la plaine et disparaitre au crépuscule comme un mystère insoluble.

Et pour tant de congénères, si opportunément insoluble…

Ce sera long de ne plus être.

L’agonie a commencé.

Mais je ne serai plus.

Plus le couteau sur la femme effrayée.

Plus le fusil visant un gamin.

Plus les électrodes sur les couilles du rebelle.

Ce sera un jour de plusieurs saisons. Pendant que les os des cadavres finiront de fondre dans les terres. Que s’éteindront, pauvres lueurs parmi les pauvres lueurs, les plaintes devenues aphones des injustices aux bouches béantes.

Je cesserai d’être. Je songe à un ciel pâle. A un vent doux et silencieux. A quelque chose comme un milieu du temps. A un arbre immense sur une hauteur verdoyante. Je songe à un paysage maritime. A cette solitude qui m’a manqué. A cette plongée en moi dont je n’ai jamais été capable. Trop peur d’affronter mes monstres, je les ai laissés faire.

Je serai là. Allongé. Yeux ouverts. Je rivaliserai de flots versés l’amertume salée de tous les océans. Je verrai passer au-dessus de moi des ombres et des soleils. Il en faudra en voir passer beaucoup. Beaucoup de ces soleils et de ces ombres. Avant qu’usé de moi, épuisé de colère, éreinté de combats, le calme du cœur en moi se répande, merveilleusement douloureux. Délicat comme une nouvelle peau dont on panserait une chair vive.

Je ne serai plus. Ni souffle. Ni voix. Ni autre.

Multitude que je fus.

Peuples fous aux passions indomptées.

Peuples forts aux barbares instincts.

Peuples lâches aux vanités putrides.

Peuples pauvres aux âmes marchandées.

Je ne serai plus.

Et j’attendrai.

Dans cette sorte de mort.

Latence intermédiaire.

En cas, serait-ce possible, d’une seconde venue au monde.

Si cela se peut, si cela se fait, je commencerai par un poème.

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La Chaise Aimante (art comptant pour rien)

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Art comptant pour rien (mais pas pour tout le monde)

La Chaise Aimante

Dans le cadre de nos après-midis infantiles, et ce quelque soit le moment de la journée, nous avons l’immmmmmmmenssissime plaisiroïde autosatisfaction de vous présenter, déjà mondialement connu des cercles boursiers et des plus importants clubs de salonards ébahis, l’Artiste du moment, autant dire de sa génération, si ce n’est du siècle, et pourquoi pas du millénaire.

Son nom, retenez-le bien, va marquer les consciences, surtout les moins exigeantes, bien sûr, du sceau du dollar ou de l’euro, peu importe, tant il est évident que l’odeur sera la même, et c’est bien là l’essentiel.

Yht Kenaw, puisque c’est ainsi qu’il s’autonomme lui-même, autonomisant de facto sa singularité à la fois multiploïde et inédite, nous propose ici les premières prises de vue de son oeuvre maitresse de bordel sado-maso : la Chaise Aimante.

Sachez vous déprécier et soyez sommés d’être cons sans modération.

Nous avons confié au célèbre critique dard et d’abcès, Pustul Delaboulle, le soin de vous commenter la chose, que dis-je, de vous mettre en relation intime avec l’objet, dans son globalisme détaillesque comme dans sa subtilime ensemblerie.

Extrait du catalogue :

D’entrée de jeu le je se joue du jouet sans enjeu puisque sans mise en joue. La formule, empruntée au fameux excrémenteur publicitaire Matt Moissa, dont le matuvuisme à marqué son époque, trouve ici tout son sens, tant l’œil est d’emblée absorbé par l’œuvre au point de pouvoir s’en prendre une dans quelque orifice sans s’en apercevoir. Ou presque.

Passé le stade initial de cette absorbtion, le sujet, s’essuyant avec un mouchoir en papier, se renvoie à sa propre banalité et peut alors en toute humiditude pénétrer le niveau de contemplation supérieur à partir duquel il va devoir endurer les affres du constat que la sodomie n’est que vanité.

C’est un des commandements les plus paradoxaux de l’art comptant pour rien : le plus dur est toujours avenir.

La chaise, dimensionnellement atypique et collegram, retient l’attention du sujet. Mais très vite le logiciel pustule – pardon, plouf plouf ! – postule des degrés redimensionnés : c’est une nébuleuse protoformée à laquelle s’agrègationnent les éléments universels de cheval que toute humanité reconnait sans le doute qui l’habite pourtant : la guerre, la poussière, le sexe, le ménage, le bricolage, le foutage de gueule, la solitude, le bazar de l’hôtel de ville, et probablement aussi, de manière secondaire, les états d’âme post-agricoles d’une ruralité extravagantielle.

Tout au long des 540 pages de ce catalogue, je vais passer en revue les constituants de cette creéationnerie magistrale afin que vous puissiez doigter des touches les sonorités submoléculaires qui participent de l’harmonie inouïe, pour ne pas dire néolaponiennes, qui se dégagent de l’ensemble et feront pâlir d’envie le grand musicologue David Guetta lui-même.

Toutefois, dans cette courte introduculation, au sens propre comme au sens salle de marché, je veux m’arrêter sur les plus voyants de ces signes avant-coureurs d’une compréhension métagravitationnelle.

Les aimants, évidemment, placés ici, ici, ici, là et là. Témoins inframagnétophoniques d’une dialectique muette et active, ils font de cette chaise l’aimante de sa propre ferruginosité sans laquelle l’être, le sujet regardant, se sent en rupture de tout avant et de tout après.

L’assise de la chaise, comme on le perçoit, encombrée d’un fatatras hétéroclitoclistique qui suggère l’inaptitude de la chaise à être utilisée comme telle, ce qui conduit tout naturellement à s’en servir autrement, prémices évident d’un autre monde qui vient, sans qu’on sache si ce sera par devant ou par derrière. Le sujet regardant étant là encore livré à ses plus secrètes spéculations.

Les trois sphères, pendantes sur la gauche, où l’on sent évoquée la boule surnuméraire, présence quasi messianique d’où on nous fait savoir que le prochain sauveur n’aurait toujours pas été éjaculé.

Et forcément, l’anneau rouge, dont on remarque qu’il change de place selon les photos, et qui rend présent, aux sens appâtés, la réalité du sphincter qui se lasse de son usage et signifie, dans sa mouvance, sa virginité depuis longtemps perdue au gré des cours des bourses.

C’est à ce sujet précis qu’à une question qui lui a été posée, l’Artiste, Yht Kenaw a d’ailleurs répondu : « L’avantage c’est qu’on n’a pas besoin de capote pour enculer les mouches. » Certaines fines bouches auront seulement été sensible à la brutalité de cette saillie. Mais d’autres esprits comme le mien, très très ouvert, et je l’espère comme le vôtre, se laisseront sans difficultés pénétrer par cette œuvre unique et j’ose le dire, car les gens comme moi, ça ose tout, c’est bien connu, cette œuvre annonciatrice.

La Chaise Aimante sera prochainement proposée aux enchères chez Sotte-Baise. Si on en croit la rumeur la mise à prix sera de 300 000 000 de RdS*.

 

*Roupie de Sansonnet.

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Chimère

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Alors tu te rendors, mystérieux appétit.
Tes langueurs éreintées, sur de lentes pâtures,
S’écoulent pesamment, volcaniques bavures,
Vers le gosier béat du cœur qui ralentit.

Dans les chaleurs mouillées se tend et se dilate
La pénombre encensée par les odeurs des chairs.  
Et la faveur obscure de ce sanctuaire 
Protège entre leurs bras un sommeil écarlate.

Ici leur corps tremblant d’une grève épiderme
Ressemblent aux chevaux harassés de leur course.
De même illuminés ils reniflent la source
Dont s’irise ébloui le flot qui se referme.

Ici un temple git, unissant leurs visages,
Partage de leurs vœux aux fluides égarés,
Mélange de leur goût aux bouches emparées,
Confusion de leur songe en aphones ramages.

De leur souffle à l’empreinte de leurs voluptés,
Descend sur eux la grâce, encor, d’emprisonner
Le sentiment du feu dont il se sont donnés,
Ils baignent dans la cendre aux relents parfumés.

Ils se sont relégués de rien dans ce repaire.
Ils se sont étonnés que tout sens les ait fui.
Juste à sentir la faim qui les avait conduits,
Ventres creux, œil acide et mâchoires primaires.

Les griffes en fusion piquant l’échine d’ambre,
L’incisive enchâssant les maxillaires lèvres,
Fauves l’un avec l’autre confondant leur fièvre.
D’étreintes invoquée la chimère se cambre.

D’un puits rauque percé par les gémissements,
La rage délicieuse aux mille éclats surgis
Se déploie et déforme un zénith élargi
D’où provient l’inconnu de leur ravissement.

La peau en sueur luit de sa nimbe dorure.
La créature enivrée se roule et se tord,
De l’éperon dressant son impatient essor,
Du fourreau présentant sa prenante monture.

Rudes ardeurs trempées au galop du Centaure.
Otage de tendresse sous l’arche des reins.
Lion ailé conduisant l’attelage marin,
Passage d’une étrave à proue de sémaphore.

Harnaché au garrot de la sauvagerie,
Dégoulinant des eaux suintées par tous les pores,
Ecumant et grondant et se roulant encore
Dans des élans gracieux doués de brusquerie.

Monstre sublime épris de gestes magnifiques.
Les longs cris se supplient, s’implorent que ne cesse
La dérive barbare parée de caresses
L’entraînant se vautrer en dévotions orphiques.

De ces ébats fumant d’un rut incandescent,
L’esprit dissout reçoit un philtre dans les veines,
Et l’âme dans les flancs de cette intime arène
Se saisit de ses rennes pour charmer le sang.

Dans cet envoûtement le ressac et le flux
Accélèrent ensemble leur force en cadence 
Et l’animal flairant la trouble délivrance
Se redresse et se cabre et il ne manque plus

Qu’un tour d’étau ultime aux membres qui se nouent
Qu’une chute élancée vers le haut d’un cratère
L’enchaînement flambant se soulève de terre
Et fait jaillir de lui comme un volcan s’ébroue

Sève chaude et cris noirs aveuglants et nacrés
Projetés, exaltés de carcasses en feu
La syncope d’un trait dans un émoi furieux
Suspendue dans le laps d’un infini sacré

Fixant sa pointe aiguë de vertige orageux
Avant d’en libérer les vapeurs opulentes
Sur les chairs sidérées aux haleines brûlantes
Agitée de sursauts et de sanglots nerveux.

Chevauchée médusée traversée du courant
Diffusé dans la fibre en exaltants frissons,
Frémissant la mâchoire et renversant le front,
Bouche écumante et l’œil devenu dévorant.

Enfin c’est le silence en lequel tout s’achève.
L’un de l’autre le corps double se redéfait.
L’écho des sons et des odeurs les stupéfait.
La crainte les saisit d’une incertaine trêve.

Dans l’immobilité où l’instant sans limite
De lui-même s’éteint, où peu à peu s’effacent
Les traces des éclats, l’esprit reprend l’espace.
La chimère haletante, effondrée, se délite.

Un fragment de cosmos est l’unique unité
Dont elle va mourir pour avoir su en naître.
Elle s’est affalée avant de disparaître,
Rendant les corps émus qu’elle avait empruntés.

Vers le gosier béat de leur cœur ralenti,
S’écoulent pesamment, volcanique bavures,
Des langueurs éreintées sur de lentes pâtures.
Ainsi tu te rendors, mystérieux appétit.

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