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Baptistère

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Elles sont toujours là, vertes-folles aux lèvres
Mauves come le sang qu’elles puisent en terre,
Ce rouge couleur nuit qui irradie de fièvres,
Exhalées des froideurs d’antiques baptistères.
 
Elles viennent frôler de leurs ailes de marbre
Les âmes absorbées du fond de l’univers
Par les mers et les monts, les ruisseaux et les arbres,
Et droguent leur éther d’une vie à l’envers.
 
Elles viennent lécher de leurs langues charmées
Les corps encore gazeux des esprits sans visages,
En attente de chair. Elles viennent humer
La tourbe de laquelle un corps nu se dégage.
 
Rituel maïeutique dessous toute messe,
Où de pâles maigreurs, irriguées de sang clair,
Tendent le pseudopode d’un gouffre en détresse
Vers l’infini secret d’une inerte colère.

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Age

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Du soleil reparti au sud
Ne demeure qu’un lointain phare
Sur les champs morts de solitude,
Effleurés de lumière rare.
 
Là-bas la silhouette grêle
D’un venu de l’aube livide
Traverse d’un pas lent et frêle
Le jour écourté et timide.
 
Pourtant longue d’un froid glacé,
Comme d’un voile sur le givre,
L’heure se presse de passer
Où peu de vie s’en va la suivre.
 
L’arbre ne bouge et rien non plus
D’oiseau ou autre ne s’ébruite.
Un livre ancien cent fois relu
Sert le mutisme de la fuite.
 
 

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Rire

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La tête a l’air bien triste sur la pique en fer,
Brandie à bout de bras par un quelconque fier
Du peuple retrouvant, contre la mort du temps,
Le gout que soit payé le prix de tout son sang.
 
Du haut de ses balcons la gente pognardeuse,
Penchant d’ignarerie sur la foule joyeuse,
De tout son luxe hirsute hurle à l’assassinat
Au souvenir des siens que l’on guillotina.
 
Grouillant d’hilarité et de joie salvatrice,
Reconquérant enfin sa joie libératrice,
L’humain anarchisant délaisse contre un mur
Le trophée desséché comme une simple ordure.
 
Puis un gang de gamins, facétieux et graciles,
Passant par là et prompt à la farce facile,
Sur la tête fâchée que sa coupe renfrogne,
Peint un rire de clown sur la crasseuse trogne.

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Liberté

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Toujours te revenir, toujours de longs couloirs,
Et n’en jamais finir d’en subir les détours,
Et l’attente élimée de parloir en parloir,
Où des bibles armées veillent à double tour.
 
Arrimée aux esprits d’une candeur innée,
Baignée des prophéties de vieillarde imposture,
L’or factice remplit, sur ceux des condamnés,
Tes yeux pendus de noir pour les chaines futures.
 
Dans un jour trop étroit pour ignorer la mort,
Je penche dos au mur mon front sur les défunts,
Au souvenir de toi prise parmi ces corps.
 
Et pressé mêmement d’une insoluble fin,  
Sur ton épaule nue, près de ton sein blêmi,
Je pose le moins digne une main qui frémit.

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Viendrais-tu

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Tu as remarqué. Pas comme une question. Non. Comme un roman déjà. Monté en souples masses de gouttelettes, exhalaisons des sons horaires en tristes tintements de métal. Emané de toute la lande propagée à perte de vue, pour accueillir nos pays, nos errances, nos quêtes, nos châteaux temporaires, nos draps aux voiles gonflées, nos cris de pelisses puantes, nos lunes écarquillées, curiosités d’enfants translucides.
Avons-nous à ce point inversé les prisons qu’il faut que ce soit moi qui te lance un grappin.
Ecoute. Ecoute.
Il y avait un lumignon qui ressemblait à un petit coffret de théâtre. Des gargouilles osseuses, directement importées des Iles de Darienford, gardaient, de leurs sourires charmeurs, le cercle sous le dôme de volière. Elles s’asseyaient sous leurs têtes délicatement ornées, et dévoraient d’un coup, de leurs orbites de soie carnassière, le moindre dérangement qui risquait de perturber la représentation. C’est le Gouverneur des Iles de Darienford qui me les avait recommandées. Un homme affable et sensible, hélas coupé en deux, ce qui rendait très difficile le moindre de ses déplacements. Et pour tout dire impossible un quelconque voyage au delà des mers. Au mieux parvenait-on à le mener d’une des îles à une autre. Mais le plus souvent il évitait tout transport. Nous l’avions invité à plusieurs reprises pour assister à une de nos soirées : il n’a jamais pu s’y rendre. Ce qui ajoutait au problème d’être coupé en deux, c’était qu’il ne savait jamais en se réveillant le matin dans quel sens il le serait : en long, en large, en diagonale. Il lui était interdit de le prévoir. Il n’y avait que dans son sommeil qu’il était entier. On avait évidemment tenté de le transporter ainsi, pendant qu’il dormait. Mais à chaque fois, au moment d’embarquer, il se réveillait, séparé comme ceci, ou comme cela. Dans tel sens ou dans tel autre. S’engageait alors une pénible bataille entre telle moitié qui refusait de partir et l’autre qui en avait tellement envie. On avait bien sûr essayé des drogues et mille autres philtres pour approfondir son sommeil et éviter qu’il ne s’éveille au départ et surtout durant le voyage. Mais il manifestait une curieuse et terrible résistance à toutes les potions, ainsi qu’à l’hypnose à laquelle on avait également eu recours. Il cultivait ces gargouilles osseuses dans une immense bâtisse de terre cuite dont le matériau excavé pour aménager le lit avait servi à édifier l’atelier. Il était élégant et toujours très soigné, n’était le petit filet de sang qui pouvait apparaître ici où là, quelquefois, à un endroit où la césure du jour le faisait éventuellement souffrir. Cela dit il affectait une contenance pleine de dignité et empreinte d’une certaine grâce qui rendait sa compagnie très agréable. Personnellement je ne me souciais pas de le questionner sur son histoire. Elle devait être de toute évidence marquée d’une douleur qu’on imaginait aisément ancienne et tenace. Il ne parlait d’ailleurs pas de lui. Le peu qu’il évoquait d’un passé récent ou plus lointain concernait rarement sa personne et quoiqu’il racontât on eut été bien incapable de deviner d’où il venait et comment il s’était retrouvé ici, à habiter une de ces îles peuplées de gens qu’on ne rencontrait jamais. Et moins encore de comprendre pourquoi il était toujours coupé en deux. Toi, au contraire, tu avais posé quelques questions. Directes ou détournées. Alambiquées, diffuses, gênées. A chaque fois qu’il avait senti la pointe de l’interrogation l’effleurer, il s’en était suivi un interminable silence, d’une intensité étourdissante, qu’il passait tout d’abord à nous regarder, avec une expression de ciel au fond duquel n’aurait lui qu’une seule étoile, irrémédiablement perdue, puis par un phénomène inexplicable, nous étions, sans nous en apercevoir, projetés plusieurs heures ou plusieurs jours plus tard.
Après plusieurs livres il n’y eut plus de question du tout.
Je suis en train de penser, il y a si longtemps que nous ne l’avons plus vu. Je ne me souviens même plus de son prénom. Il me semble qu’il en avait un.
Viendrais-tu me chercher.
Ecoute. Ecoute.
Tout le public est là. Un gosse de peu d’âge, approximativement. Il a préféré s’asseoir au milieu du parterre. Négligeant la grande loge centrale. Il n’a pas vraiment grandi. Mais il a compris. Il n’y a pas d’entrée en scène. La lumière se déploie, monte et découpe d’abord les bataillons d’instruments puis après avoir installé son survol du fond du gosier jusqu’à la rampe, elle descend déplier l’oiseau de smoking noir sur sa vigie.
Je me demande ce que tu voudrais qu’on joue ce soir.
Je sens le pavé mouillé. J’ai son odeur. J’ai l’impression de cliqueter comme un concerto de serrures. Je dors sur des parvis. Je dépense mon temps dans des aquariums. Je m’efforce de faire patienter tout ce qui paraît encore pouvoir. Les ruisseaux font des anévrismes. L’air parfois devient rauque. Il faut que je rentre à la maison.
Mais est-ce ici, cette tour et cette bouche, navette barbare qui envoie au zénith des éclosions d’esbroufe. Est-ce ici cette valise qui ne s’ouvre plus et qui attend un crime assez épouvantable pour profiter de la diversion et appartenir au nouvel écrin de la mort. Ici le point derrière la vitre, trafiquant son indifférence à une blancheur climatique, à un nord sans âme, à un canal aux écluses taxidermiques.  Ici le va et vient, décalqué sur les murs d’une phrase saccadée qui ne saurait plus que s’inventer un serpent pour distiller sa goutte ulcérée.
Le petit coffret de théâtre. Le petit amusoir à vision. L’ondoyeur de plafonds. Le chuchoteur de verrous décodés. La malle de transport. Et la penderie aux entrailles. Tout est intact. De ce côté. Dans le creux de ma paume. Ma paume d’imprimeur. Ma paume imprimée sur les parois qui me retiennent dans la geôle de ton abdication. Ma paume sur les murs de ta liberté négative. Un battoir qui frappe la pierre pour dénicher le mécanisme de l’écroulement, et que tu te retrouves nu, comme nous, ou moi, ou tout le monde. Ou personne. Comme personne.      
J’entends ta question. Ce n’est qu’une question de miroir. Ca s’écrit tout seul. Le Gouverneur des Iles de Darienford en savait quelque chose. Je ne me rappelle pas s’il était plutôt jeune ou plutôt vieux. Dans son genre il n’était en outre pas le seul à en savoir. Dans le smoking noir il y avait aussi matière. Et de fil en aiguille, il y avait matière un peu partout. D’où les multiples extensions territoriales.
Non, nous n’en sommes pas à concourir pour celui qui s’est le mieux gardé. Le mieux préservé. Aucun n’a laissé mourir sa petite voix.
Ca n’est peut-être rien de plus que réveiller quelques baleines assoupies sous des horizons urbains où tu filais à toute vitesse en suivant leurs flancs rassurants. Et sans doute qu’elles peuvent tout aussi bien demeurer là, à roupiller encore pendant des siècles avant qu’un gamin s’y intéresse.
Tu as raison : rien n’est si utile que ça.
Juste que, je ne sais quoi, quelque chose, oui, que quelque chose puisse toujours survenir.
Pas plus.
Et qu’on sache, quand même. Si on va venir nous chercher.
Je ne t’apprendrais pas que toute prison est une voleuse.
Je te pose une question.
Tu as remarqué. Pas une question. Un roman.
Je me pose la mienne. Celle, peut-être que tu me poses.
Alors je vois la distance. Tu me la montres. Tu la vois.
Viendrais-tu me chercher.
Oui.
Mais moi : serais-je encore là.
Un roman. L’occasion de donner un prénom et un âge à ce malheureux Gouverneur des Iles de Darienford. De découvrir son histoire ou pourquoi il n’en aurait pas. De le délier de son maléfice. Et puis de programmer quelque chose pour ce soir. Parce que là le gamin, au milieu de la salle de concert, il attend.

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Les chiens

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Je ne savais sur quel vaisseau je m’embarquais,
A cet instant c’était le seul qui sur le quai,
Le ventre ballotant sur un flot empirique,
Et les voiles gonflant d’utopies héroïques,
Attendait vers la nuit pour perdre ses amarres,
Un passager fuyant jusqu’aux lueurs des phares.
 
Les chiens aboyant au bout du jour qu’engouffre l’ombre. Tandis que des volées de rires vides, lustres clinquants, vibrionnant comme pour conjurer les horreurs d’en bas, éblouissent le malheur du monde pour se le rendre invisible. Inexistant.
 
C'est l’enfant qu’on attache tout seul dans le noir,
Ayant dompté le corvidé du désespoir,
Qui sait parfois entendre et apprendre à parler,
De la peur ingénue, la langue déréglée.
Et s’en aller chercher dans le fond du placard
Par où glisser sans bruit son âme de blafard.
 
Les chiens hurlant comme trop de mort le font sans un cri, constellations d’ossement sous la surface. La déperdition du bien de tous s’engrange dans des coffres aux armées forcenées, guettant la moindre dent pour s’en faire un trophée, le moindre œil pour jouer aux billes, le moindre gueux pour lui broyer son cœur.
 
Du voyageur naissant, le nez de l’apatride
Humait très tôt le vice de l’autre homicide,
Une détestation d’un miroir gorgonesque,
Désert empli de soi et soi affreuse fresque
Où dansent les morceaux d’un être éparpillé
Qui dés l’aube pillait, craignant d’être pillé.
 
Les chiens que l’aurore finit par voir égorgés, importune menace. Les princes du faux pataugent dans la glue dorée de leurs obscènes outrances, pleins d’eux-mêmes et dans un ravissement de baudruches saoules de leurs propres vents dont ils encensent la vie comme une troupe de soudards n’oserait combler la plus malheureuse fille de joie.
 
Promesse d’horizon aux bords incohérents,
L’âge infus de beauté, d’un havre déshérent,
S’affranchissait de lois aux vertus inaudibles,
Prétentions de savoir et monnaies corruptibles,
S’en allait et fuyait, éperdu sans collier,
Sur le pont d’un navire à la poupe humiliée.
 
Les chiens morts couvrant de leur pelages ensanglantés les territoires du crime. Et la pègre inhumaine poursuit son attentat, sans honte et sans répit, sure d’un fait supérieur usurpé aux plus vastes et plus sages pensées. Brodant les loques goguenardes de leurs êtres avachis avec la langue dévoyée des arts sacrifiés.
 
Je ne savais vers quelle nuit je m’embarquais,
Regardant s’éloigner longtemps le sombre quai.
Mais aucune jamais infiniment ne dure.
Une voix surhumaine au fond nous en assure.
Inquiet et silencieux, près de moi, à la proue,
Était assis un chien au regard le plus doux.

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Enfer

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Ce n’est pas un empire de feu démentiel.
Ni un gouffre grouillant d’infinis hurlements.
Ni le revers du mythe d’un dieu en son ciel.
Ni l’affreuse menace d’un grand châtiment.
 
C’est un insignifié aux allures muettes,
Une once de cosmos à l’inertie pesante,
Un tout sombre joyaux mais aux miroirs qu’inquiète
Une folie de soi aux armes impuissantes.
 
Planté au plus profond vague d’une pauvre âme,
Débattant d’elle-même sa présence au monde,
Et sa présence à l’autre, inconciliable drame,
Mais vers quoi tout amour et toute haine abondent.
 
Chevillé au cortex insoluble de l’être,
Un fantôme de rires et de pleurs cruels,
Ca n’étouffe que sous le malheur de paraître
L’inhumain mouvement d’un insu éternel.
 
L’alibi de souffrir plaide pour qu’il se taise
De milliers d’oripeaux en partages iniques,
Allant s’éventrer même en haut d’une falaise,
Ou se couvrir le chef de couronnes comiques.
 
Solidement campé sur des superstitions,
Il fait, malade atteint de ses propres béquilles,
Graver d’absurdes lois dans d’informes prisons,
S’ériger des pouvoirs dans de creuses coquilles.
 
Mais peut-être une lance, enfin, d’une main sure,
Projetée au-dessus de ses champs d’ombre folles,
Une lance forgée de nouvelles augures,
Peut atteindre le coeur que l’angoisse désole.
 
La lance d’un regard qu’on n’a jamais porté
Sur la châsse scellée de ce poison malin,
Ou bien perçant le flanc de sa fatalité,
Le strident d’une voix et ses crocs assassins.
 
Vitales mais violence au grâces allégées
De leurs corsets crasseux, et défaite de tout
Une transe dansée jusqu’à faire exploser
Ce noyau fait de mort et bardé de verrous.
 
D’une aimante acuité un long trait meurtrier,
Une pensée surgie de toute la puissance
De siècles secrétée, au milieu des geôliers,
Et sème de partout toute une renaissance.
 
Secrète bulle ardente d’un brasier dément,
Eclatant d’un grain pur libre de l’ignorance,
Enfin, enfin visible à l’œil nu, un ferment
Qui au verbe souffrir ôte son immanence.

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Neutron

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Quand parfois quelques mots, anodins et subtils,

Viennent à distiller, au milieu du dédales

D’éreintantes pensées, sur l’air d’être futiles,

Une semée comme une fleur perd ses pétales.

 

Et ce peu qui se meurt, quelque soit l’abandon,

Hasarde de ce vrai que des gouffres dévorent,

Avalant nuits et jours dans un ventre sans fond,

A perte de vue trop petites météores.

 

Ca volette un moment, une mort d’éphémère,

Panique de bouts d’ailes de papillons ivres,

Transportant un message à l’encre délétère,

 

Ainsi que la sybille d’un mythe en délivre.

Inaccessible à l’air seul que nous respirons,

Il y pointe un œil noir en forme de neutron.

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Crime

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Crime s’avance en nombre, énigmé de lueurs,

L’œil faux toujours brillant, et l’œil vrai,

Accablé de tourments, pour conjurer sa peur,

A la honte réserve ses plus lâches traits.

 

Majesté encensée d’angoisse et de fantasmes,

Terrifiant serviteur des causes privatives,

Sournoise damoclès, confortable marasme,

Traine humaine au passage de terreurs plaintives.

 

 Il se laisse sans peine aussi coloniser.

Dans des champs où l’honneur, linceul sacrificiel,

Pour des dieux et des maîtres aux oeuvres damnées,

 

Sert de loi. Et aux peuples tournés vers le ciel,

De sombre couverture au coupable destin

D’avoir commis en guerre un meurtre de voisin.

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Vanité

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Entre les pourpres pans seulement entrouverts

Des rideaux accrochés dans les cintres célestes,

D’où un phare glacial rétrécit l’univers,

Voir dans leur vanité le calme de tes restes.

 

Découvrir de ton crâne tout déguenillé,

Parfaitement défait de son étroit costume

De chair mince et de fine peau éparpillée,

Immobile grimace, le charme posthume.

 

Deviner le tangible, le paisible état,

Dans les trous incongrus d’orbites impavides,

Sous la sèche paroi de ce bref habitat,

 

L’éternité partout qui travestit le vide.

Qui roule des étoiles, qui sème du sable,

Et nous rend le néant ainsi méconnaissable.

 

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