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Des barbares

Publié le par TW

Des barbares. Entendons-nous bien lorsque nous les nommons. Des barbares. Ces gens sont des barbares. Ce mot s’est imposé depuis l’antiquité, autant en Egypte qu’en Grèce ou à Rome pour désigner tous envahisseurs. Leurs langages incompréhensibles s’ajoutant à des mœurs réputées plus violents que les mœurs des civilisations auxquelles ils s’attaquaient, conduisirent à les assimiler, usant du grec ancien « bar-bar », à du charabia. Et comme ce mot est bien trouvé. Pour qualifier leur langage à eux. Ces barbares. Leur novlangue ainsi qu’il s’est pris l’habitude de dire. Reprenant le concept glaçant de Monsieur Georges Orwell dans « 1984 », lorsqu’il décrit l’élaboration dans le cadre d’un système totalitaire d’un sous-langage, déshumanisé, de nature en affaiblissant les mots et en diminuant leur nombre, à affaiblir et à diminuer la pensée. Jusqu’à l’anéantir.

De même qu’on a pu dire d’un ancien Président de la République Française qu’il n’était pas socialiste mais qu’il avait appris à parler le socialisme, ces gens ne sont pas des humanistes, ils font seulement comme si. Ils imitent jusqu’à la parodie. Ils singent jusqu’au grotesque. Ils maquillent leur verbe comme les comédiens de jadis se plâtraient le visage. Et ce faisant, tout en prétendant animer leur dessein de préoccupations qui en réalité leur sont étrangères, ils font croire à la fois à leur faux humanisme et paradoxalement à la désuétude du concept même d’humanisme. Ainsi, escamoteurs rompus à la duplicité, ils instillent dans les esprits les plus faibles, et dans ceux qu’ils affaiblissent, le sentiment double d’une importance et de même d’une impuissance de l’idée humaniste. C’est une des confusions majeures sur lesquels ils fondent leur fameux projet. En fait leur fortune, leur puissance, leur pouvoir.

Le consumérisme outrancier, les dévastations de la planète, les conflits inextricables, les causes comme les conséquences de cette triade abominable, permettent depuis des décennies l’extension de l’imposture d’un pouvoir politique qu’ils ont colonisé. Un pouvoir dont les traits caractéristiques les plus épais sont aujourd’hui le contrôle, la force et la foi.

Des barbares. Oui. Des barbares endimanchés. Endimanchés sept jours sur sept. Altiers, bien habillés, presque élégants. Compatissants aussi, ils ont en permanence à portée de mains – en fait un de leurs valets le leur tient en réserve – le masque condoléant pour toute circonstance où les ravages qu’ils engendrent se font quelquefois trop voyants. Pédagogue croient-ils être également. Assénant par les intermédiaires de leurs clergés communicationnels les lois issues de runes archaïques que les peuples ne peuvent pas comprendre – ne doivent pas comprendre – mais auxquelles ils doivent se soumettre.

Des barbares civilisés. Ces gens ne sont pas à un oxymore près…

Ils sont instruits. Pour la plupart. D’autres catégories d’entre eux, subalternes, ne sont que programmées. C’est notamment le cas de la chose qui à la tête de notre République, depuis 6 mois, se prend pour un chef d’état. Ils ont lu. Beaucoup lu. Fait lire aussi. Le temps leur manque. Ils se font pré-digérer l’essentiel de la pensée politique, philosophique, scientifique, religieuse, artistique et en absorbent ensuite les essences, les concentrés, la… substantifique moelle. Comme s’ils avaient bien lu. Ils ont lu. Sur toutes les beautés et les terreurs. Sur toutes les espérances et toutes les guerres. Sur toutes les promesses et les condamnations. Sur tous les traités de paix. Sur toutes les trahisons. Sur Hamlet et sur Staline. Sur Caligula et sur Gandhi. Sur Socrate et sur Proust. Erasme, Freud, Lao Tseu, Bourdieu, Saint Augustin, Arendt, tout y est passé. Ils en ont fait comme on dit en langue populaire, leur beurre. Ou leur miel. Ils cherchent eux aussi.

Ce sont des barbares malins. Ils savent bien, ils ont compris, que point n’est besoin désormais de grandes démonstrations militarisantes, avec chemises brunes ou noires, grands chefs psychotiques braillant des horreurs à des foules en délire, et autres théories sanglantes à base de races supérieures, d’extermination et de sous-hommes. Ca n’a finalement pas été si profitable qu’ils l’espéraient. Au siècle dernier. Ces démences criminelles sont aujourd’hui abandonnées aux factions identitaires qui infestent nos sociétés avec pour seul avantage, pour le moment, de servir d’épouvantails dans des calculs électoraux. En attendant mieux,… si nécessaire.

Mais ce sont bien des barbares que je définis ainsi : leur pourvoir doit à terme devenir total, incontestable et impitoyable. Les seuls moyens guerriers qui ont coloré leurs épopées et stigmatisé leur histoire sont rangés de nos jours, par ordre alphabétique ou chronologique, dans les rayonnages des bibliothèques, soumis aux études, thèses et hypothèses. Eux, ceux d’aujourd’hui, sont parvenus à mobiliser pour leur cause des moyens autrement plus importants. Technologique, scientifiques, financiers, bien sûr. Ils possèdent la banque, les laboratoires, tous les centres d’informations, les médias, les usines d’armements. Ils s’approprient l’eau, l’électricité, la nourriture, les voies et les moyens de transports. Ils disposent de tous les vecteurs de communications, directement ou indirectement.

Résumer leur pensée relativiste, ou plus exactement ce qu’ils cherchent à imposer comme pensée relativiste, reviendrait à une sorte de « tout est dans tout, rien n’est dans rien, et inversement. » L’important étant que pendant ce temps… Business as usual.

Ils peuvent emprisonner le monde dans la cage de leur propre épouvante.

Dans la forme de monde qu’ils poussent, qu’ils avancent devant eux, il n’y aura de place que pour quelques parties des peuples. Classées en rang selon mérite, utilité, docilité, rentabilité, et peut-être durabilité. Quant aux autres parties de ces peuples-là…

S’il faut décrire un symptôme particulier de ce que je dis là, il suffit de comprendre ce qui se passe réellement autour de ces pseudos scandales liés à la délinquance financière dont un épisode de plus vient de nous être asséné. Pour une fois, dans les commentaires journalistiques entourant ces révélations qui n’en sont pas, a tout de même pointé ce propos qui établit ceci : durant toutes ces dernières années on a pu penser que c’était le système économique capitaliste, aggravé de son avatar le libéral-totalitarisme, qui générait la délinquance financière. On s’aperçoit maintenant – enfin ! – que c’est l’inverse. Parvenu au stade de s’être répandu à peu près partout c’est cette délinquance financière qui génère le système économique. Un système clairement et délibérément mafieux. Et qu’est-ce que la mafia, sinon la barbarie.  

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