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Les chiens

Publié le par TW

Je ne savais sur quel vaisseau je m’embarquais,
A cet instant c’était le seul qui sur le quai,
Le ventre ballotant sur un flot empirique,
Et les voiles gonflant d’utopies héroïques,
Attendait vers la nuit pour perdre ses amarres,
Un passager fuyant jusqu’aux lueurs des phares.
 
Les chiens aboyant au bout du jour qu’engouffre l’ombre. Tandis que des volées de rires vides, lustres clinquants, vibrionnant comme pour conjurer les horreurs d’en bas, éblouissent le malheur du monde pour se le rendre invisible. Inexistant.
 
C'est l’enfant qu’on attache tout seul dans le noir,
Ayant dompté le corvidé du désespoir,
Qui sait parfois entendre et apprendre à parler,
De la peur ingénue, la langue déréglée.
Et s’en aller chercher dans le fond du placard
Par où glisser sans bruit son âme de blafard.
 
Les chiens hurlant comme trop de mort le font sans un cri, constellations d’ossement sous la surface. La déperdition du bien de tous s’engrange dans des coffres aux armées forcenées, guettant la moindre dent pour s’en faire un trophée, le moindre œil pour jouer aux billes, le moindre gueux pour lui broyer son cœur.
 
Du voyageur naissant, le nez de l’apatride
Humait très tôt le vice de l’autre homicide,
Une détestation d’un miroir gorgonesque,
Désert empli de soi et soi affreuse fresque
Où dansent les morceaux d’un être éparpillé
Qui dés l’aube pillait, craignant d’être pillé.
 
Les chiens que l’aurore finit par voir égorgés, importune menace. Les princes du faux pataugent dans la glue dorée de leurs obscènes outrances, pleins d’eux-mêmes et dans un ravissement de baudruches saoules de leurs propres vents dont ils encensent la vie comme une troupe de soudards n’oserait combler la plus malheureuse fille de joie.
 
Promesse d’horizon aux bords incohérents,
L’âge infus de beauté, d’un havre déshérent,
S’affranchissait de lois aux vertus inaudibles,
Prétentions de savoir et monnaies corruptibles,
S’en allait et fuyait, éperdu sans collier,
Sur le pont d’un navire à la poupe humiliée.
 
Les chiens morts couvrant de leur pelages ensanglantés les territoires du crime. Et la pègre inhumaine poursuit son attentat, sans honte et sans répit, sure d’un fait supérieur usurpé aux plus vastes et plus sages pensées. Brodant les loques goguenardes de leurs êtres avachis avec la langue dévoyée des arts sacrifiés.
 
Je ne savais vers quelle nuit je m’embarquais,
Regardant s’éloigner longtemps le sombre quai.
Mais aucune jamais infiniment ne dure.
Une voix surhumaine au fond nous en assure.
Inquiet et silencieux, près de moi, à la proue,
Était assis un chien au regard le plus doux.
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