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Vanité

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Entre les pourpres pans seulement entrouverts

Des rideaux accrochés dans les cintres célestes,

D’où un phare glacial rétrécit l’univers,

Voir dans leur vanité le calme de tes restes.

 

Découvrir de ton crâne tout déguenillé,

Parfaitement défait de son étroit costume

De chair mince et de fine peau éparpillée,

Immobile grimace, le charme posthume.

 

Deviner le tangible, le paisible état,

Dans les trous incongrus d’orbites impavides,

Sous la sèche paroi de ce bref habitat,

 

L’éternité partout qui travestit le vide.

Qui roule des étoiles, qui sème du sable,

Et nous rend le néant ainsi méconnaissable.

 

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Un jour je ne serai plus

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Un jour je ne serai plus.

Ce jour arrivera, je ne serai plus.

Peut-être que le jour de ce jour ne sera pas complétement sorti de la nuit. Ou n’y sera pas entré totalement. Ce sera le temps du chien-loup. L’heure de l’ombre qui va à la lumière. L’heure de la lumière qui va à l’ombre. On peut suivre ses traces dans la neige. Dans la boue. Pointillés suturant les domaines communs du temps. Les montagnes, les océans, les déserts, les plaines, les forêts, les êtres et les âmes. Ce n’est pas une question de vie ou de mort. C’est une question d’en-deçà et d’au-delà. Ce n’est pas une question d’un seul ni de toutes et de tous qui sommes depuis l’indéchiffrable commencement.

Ce sera un fait. Je ne serai plus à la terre souffrante. Je ne serai plus au ciel sans dieu. Ni à la main qui a tenu la mienne. Ni à la lame qui pointe vers moi. Ni à l’âge. Ni au néant. Ni à la beauté. Ni au crime. Un jour je ne serai plus sans bien savoir pourquoi. Pour quelle raison nouvelle. Ou pour quel puits sans fond.

Cependant je pense que ce jour où je ne serai plus, j’aurai dans le même temps compris, et trouvé, ce que je suis. Je ne sais quel sens ça aura que je ne sois plus. Plus ce que j’ai été. Je regarderai passer, fuir et couler, ce que j’ai été. Passer, fuir et couler, ce que je ne serai plus. Passer, fuir et couler, ce dont je serai, heureusement, mort.

Je ne serai plus la guerre.

Je ne serai plus la famine.

Je ne serai plus torture ni oppression.

Ni massacre ni destruction.

Je ne serai plus Rwanda.

Je ne serai plus Hiroshima.

Je ne serai plus Goulag.

Je ne serai plus Auschwitz.

Je ne serai plus Sétif ni Katyn.

Je ne serai plus Oradour sur Glane ni Charonne.

Je ne serai plus Sabra et Chatila.

Ni Dos de Mayo ni Tian’anmen.

Je ne serai plus soldat ni bourreau.

Je ne serai plus assassin pour les horribles folies d’un culte ou d’un autre.

Je ne serai plus la Saint Barthélémy.

Je ne serai plus un empire meurtrier.

Je ne serai plus de je ne sais quel monde supérieur s’autorisant à en exploiter, à en entraver, à en écraser, à en exterminer un autre.

Je ne serai plus le mensonge sacralisé d’une civilisation baignant dans le sang.

Je ne serai plus voleur de terres. Voleur de corps. Voleur d’esprit.

Un jour.

Oh ce ne sera pas un simple jour comme nous en connaissons. Il ne se mesurera pas en heures. Le chien-loup n’apparaitra pas d’une aurore frémissante pour traverser paisiblement la plaine et disparaitre au crépuscule comme un mystère insoluble.

Et pour tant de congénères, si opportunément insoluble…

Ce sera long de ne plus être.

L’agonie a commencé.

Mais je ne serai plus.

Plus le couteau sur la femme effrayée.

Plus le fusil visant un gamin.

Plus les électrodes sur les couilles du rebelle.

Ce sera un jour de plusieurs saisons. Pendant que les os des cadavres finiront de fondre dans les terres. Que s’éteindront, pauvres lueurs parmi les pauvres lueurs, les plaintes devenues aphones des injustices aux bouches béantes.

Je cesserai d’être. Je songe à un ciel pâle. A un vent doux et silencieux. A quelque chose comme un milieu du temps. A un arbre immense sur une hauteur verdoyante. Je songe à un paysage maritime. A cette solitude qui m’a manqué. A cette plongée en moi dont je n’ai jamais été capable. Trop peur d’affronter mes monstres, je les ai laissés faire.

Je serai là. Allongé. Yeux ouverts. Je rivaliserai de flots versés l’amertume salée de tous les océans. Je verrai passer au-dessus de moi des ombres et des soleils. Il en faudra en voir passer beaucoup. Beaucoup de ces soleils et de ces ombres. Avant qu’usé de moi, épuisé de colère, éreinté de combats, le calme du cœur en moi se répande, merveilleusement douloureux. Délicat comme une nouvelle peau dont on panserait une chair vive.

Je ne serai plus. Ni souffle. Ni voix. Ni autre.

Multitude que je fus.

Peuples fous aux passions indomptées.

Peuples forts aux barbares instincts.

Peuples lâches aux vanités putrides.

Peuples pauvres aux âmes marchandées.

Je ne serai plus.

Et j’attendrai.

Dans cette sorte de mort.

Latence intermédiaire.

En cas, serait-ce possible, d’une seconde venue au monde.

Si cela se peut, si cela se fait, je commencerai par un poème.

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