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Madame B

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Non ce n’est pas parce que ça va tout bientôt faire dix ans. Dix ans que … hop ! … Ah non, vingt ans ! Vingt ans déjà ! Que hop… Plus rien… Une pluie de cendre … Non. Ce n’est pas seulement pour ça. C’est simplement que oui, ça aussi, ce fut un jour de novembre. Un jour de novembre… Il faisait gris partout. Gris dehors, grisailles de Whitechapel, gris dedans, gris les jours, grises les nuits. Quand toi tu veux mais qu’on dirait que la vie ne veut pas. Que ce que la vie semble vouloir, ça te va pas. Quand tu te cognes partout. Que tout est trop petit. Trop laid. Que tout l’amour te parait là. Mais que rien n’y va. Que rien n’y entre. Qu’au plus près tout est toujours trop loin. Que tout est désert au milieu du vacarme. Que tu pourrais t’envoler pour si peu tellement rien ne t’attache. T’envoler … hop … comme ça … plus rien … une pluie de cendre.

Un jour de novembre, oui. Grande sœur m’avait appelé : tiens, une place pour aller voir Barbara. Oui. Non. Pourquoi pas. Barbara : ces gens-là sont partout. Ces chanteuses, ces chanteurs, qui font partie de nous à notre insu. Connaissais l’Aigle Noir, of course, et Drouot, et Göttingen, et La Petite Cantate, et Ma plus Belle Histoire d’Amour, et Marienbad. Jamais vraiment écouté de disques d’elle. Grande sœur en passait de temps en temps, dans sa chambre. J’entendais.

Il y en a, quand tout va mal, qui vont boire, qui cherchent un carnaval de dépannage, une teuf pour se changer les idées. J’avais essayé. Enfin boire, pas vraiment. Moi, en ce temps là c était plutôt Pétard le Canard. Rapidement le hasch allait être rebaptisé perlimpimpin : « Pour qui, comment, quand et pourquoi, contre qui comment contre quoi ? On perd le goût de vivre ! Le goût de l’eau, le goût du pain, et celui du perlimpimpin dans le square des Batignolles ! » On ne se change pas les idées avec une teuf. Même une teuf d’enfer. On oublie ses idées, et après le breack, elles reviennent : « Alors ! C’était bien ? » qu’elles te disent. « Bon, on en était où ? »

C’était à Pantin. Porte de Pantin plus exactement. Pour les gazelles et les gazoux qui seraient nés assez récemment et pour qui cette porte de Paris correspond uniquement à la Grande Halle de la Villette ou à la Cité des Sciences, il faut dire que cette année là c’était encore un vaste terrain vague sur lequel trônait en majesté de toiles et de cordes un immense chapiteau. Un cirque en quelque sorte.

Barbara sous chapiteau. Barbara faisait son cirque.

J’y allais la tête vide. Avais juste fumé un petit cône avant. M’étais habillé de tout et de rien. A l’époque je ne m’habillais pas. Je passais rapidement quelques fringues en désordre. Sombres et froissées. C’était pas encore la mode …

En fait, si je veux être honnête, je peux à peine raconter ce que j’ai vu et entendu. Ce que je sais c’est que lorsque je suis sorti de là, deux heures et demie plus tard, je n’étais plus le même. Tout avait changé. Difficile à dire. Tout avait les apparences du commun. Le soir, la nuit, la petite pluie fine, les bruits de la ville, les odeurs. Bien que quelque chose sur le visage des gens m’était subitement inconnu. Mais c’était indistinct. J’aurais été incapable, (le suis-je aujourd’hui), d’en dire quoique ce soit. De toute façon j’étais incapable de parler, voilà tout. Infoutu de prononcer un mot. Grande sœur, qui était avec des amies à elle, m’avait demandé, peut-être inquiète, si ça allait. J’avais répondu que oui. C’est tout. Oui, ça allait. Et comment que ça allait ! Enfin … Comment, ça, je ne voyais pas très bien. Mais ça allait, oui, ça c’était sur !

Une bascule s’opérait. Ca ne sonnait pas encore comme un sortilège. Mais c’en était un.

J’ai depuis longtemps acquis la conviction qu’on naît plusieurs fois. Il n’y a pas que cette naissance d’origine, si je puis dire, celle de l’accouchement médical, et qui généralement nous affecte une date de naissance qui va nous poursuivre toute la vie. Il y en a d’autres. Hormis le continuum de l’existence fait de progressions, de régressions, de constructions, nous rencontrons des moments particuliers, intenses, où toute une longue attente, toute une pénible gestation, se bousculent soudain avec une immense violence, qui elle-même parfois nous perturbe à peine, au début, et il se produit alors une nouvelle déchirure, celle d’une gangue sous laquelle un soi nouveau consent à ne plus se cacher, à ne plus étouffer, à surgir enfin, muet de stupeur, ébahi, étonné.

Barbara à Pantin, ce jour-là de ce novembre-là, ce fut ça.

Un choc merveilleux. Mon monde existait donc. Deux heures et demie durant j’en avais vu la représentation littéralement sublime. La grande fête du noir dans ces états les plus sombres et les plus lumineux.

Barbara, le pays où le noir est couleur.

Deux heures et demie durant les fils de cette voix sans égal, de cristal et de morceaux de cristal, m’avaient tenu en haleine comme un scaphandre dans les abysses du ciel. Deux heures et demie durant, ses chansons m’avaient raconté une vie presque ordinaire comme si toute vie était aussi bien extraordinaire. Deux heures et demie durant ses musiques, les mélodies de son chant, m’avaient porté sur des eaux folles, des eaux douces, des eaux de métal, des eaux sombres, profondes. Deux heures et demie durant j’avais vu cette curieuse créature, faite d’on ne sait quoi, inventer sa grâce. La grâce. Inventer sa beauté. La beauté.

Et l’amour. Le plus insensé amour. L’ardeur de celles et ceux qui étaient là, milliers battant des mains, riant leur joie, criant leur plaisir, leur bonheur. L’amour, oui, qui n’a pas de sens. Et qu’est ce qu’on s’en fout alors ! Qu’est-ce qu’on s’en fout ! Vraiment ! « Et je sais sur mon cou la main nue qui se pose. Et j’ai su à genoux la beauté d’une rose, la beauté d’une rose. »

Y suis retourné, oui. Souvent. Toujours la première fois. Toujours. Elle c’était comme ça. Elle était toujours là pour la première fois. J’ai appris sa colère. Sa dinguerie. Sa façon d’arpenter la scène. Sa façon de murmurer « Nantes », au bord de l’épuisement, un soir fin de concert, dans un silence d’apesanteur. Ses langueurs. Son humour. Son insolence. Sa force.

La dernière fois c’était à la Halle Aux Grains à Toulouse, début 94. Elle allait devoir s’arrêter. A Paris, je l’avais ratée : elle était tombée malade et avait dû stopper les représentations. Avait tenu à faire sa tournée. Lâchait tout. Elle qui ne s’économisait jamais. Un Soleil Noir bouleversant. Au bord de la rupture : «S’il faut aller plus loin pour effacer vos larmes, et si je pouvais seule faire taire les armes, je jure que demain je reprends l’aventure, pour que cessent à jamais toutes ces déchirures ! … » 

Ultime image, public l’attendant à la sortie de la salle pour l’applaudir encore. La limousine qui apparaît et se fraie doucement un chemin parmi la foule. La vitre arrière qui descend. Un autographe encore. La main qui sort et signe furtivement. L’auto passe devant moi. Elle glisse vers la ville. La main salue encore et disparaît. La vitre remonte. Le flot de la circulation absorbe le long véhicule gris clair.

Deux ans après un dernier disque en studio : « N’oublie pas que l’aube revient quand même, et même pâle, le jour se lève encore … »

Le jour pâle s’est levé encore. Ce matin-là de cet autre novembre-là. Novembre 97. Dans la pâleur brumeuse perça un petit bout de soleil orange et doré. La radio dit : « Barbara hospitalisée ». Tout le monde comprend. Je comprends. J’attends. Gorge nouée. Ventre serré. Un peu plus tard un message d’un ami. Je le rappelle. Il me demande si j’ai écouté la radio. Je dis « Elle est morte ? » Il me dit : « Oui. Elle est morte. »

 

Nous ne vous verrons plus

Qu’au-delà de ce mur

Où se défont d’entre eux

Les corps des âmes chères.

 

Ce fut un jour de novembre

Grand Sœur m’avait emmené

Voir la dame au grand nez

Qui chante le mal de vivre.

 

Et vous êtes entrée reine au zénith de lune

Et arrimée à l’astéroïde de laque noire

D’une voix au cordage tressé chez les Moires

Vous avez emporté nos vagues avec vous.

 

Je n’avais jamais vu le soir s’incliner devant

La nuque de l’amour et la peine des pierres

La langueur frondeuse qui déhanche la colère

La porte refermée et l’enfant jardinier.

 

Et j’ai su et vous nous avez donné à être

Un peu plus chaque soir de force et de douceur

Un peu plus de cela qu’on ne pourra jamais dire

Est-ce ce que vous appeliez perlimpimpin.

 

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Ronde

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Dans un virevoltant bouquet d’éventails, vivre

De lames hérissées en griffes animales.

A la renverse tête au bout des reins et suivre

Une ronde foraine à la joie infernale.

 

Tournoyer, tournoyer, parmi des fleurs diaprées,

Des pétales de peau comme des confettis,

Des cris, la trouille au cul, comme des chants sacrés,

Et les fins qui moulinent petit à petit.

 

Et ça ploie, et ça tort, ainsi que souffre un monde

Aux collines taillées en mâchoires géantes,

Aux crevasses gavées de pénitence immonde,

 

Aux frayeurs ajustées à des fois aberrantes.

Qu’est-ce que cette chute qui s’affole en moi,

Qu’une vie étonnante d’amour et d’effroi.

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Le temps des cerisiers

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J’imagine puisque je n’y suis pas. Je n’y suis pas mais je les connais ces allées. Ces petites rues dans les quartiers résidentiels, dans les cités pavillonnaires ajoutées à des villages, dans les banlieues préservées, pas forcément cossues, et pourtant ça et là épargnées par la laideur des grands ensembles. 

Il y a donc des maisons. Je vois qu’elles sont modestes. Jolies. Simples. Avec des jardins devant et derrière. J’ai vécu dans l’une d’elles il y a très longtemps. Je suis allé souvent, d’année en année, à certaines périodes plus qu’à d’autres, visiter des amis dans l’une ou l’autre de ces maisons.

Selon l’ancienneté on nomme rues ou allées les voies qui partagent les parcelles. Qui les alignent. Qui permettent tout simplement de circuler. Pour agrémenter ces espaces, où même au milieu d’importants complexes urbains on cherche à conserver du charme, du plaisir pour les yeux et quelquefois pour les narines, on plante des arbres le long de ces rues ou de ces allées. Des tilleuls. Des marronniers. Des platanes. Des peupliers. Des cerisiers.

Au gré des saisons, accompagnant les changements dans les jardins, les teintes et les physionomies évoluent, dans les verts, les roux, les nus, au son lumineux des jours, dans le calme confort des nuits. On s’isole un peu, à plusieurs, dans ces parcs coquets et modestes, du contingent extérieur. On peut avoir une impression de privilège lorsqu’on a terminé de prendre connaissance quotidiennement des horreurs du monde. Celui d’à côté. Ceux d’ailleurs.

Les enfants s’y trouvent mieux.

Dans l’allée que je vois ce sont des cerisiers qui avaient été plantés. Les floraisons de cerisiers sont parmi les plus beaux évènements de la nature. Courtes mais particulièrement lumineuses. Qui s’achèvent en pluie de pétales au moindre de ces vents frais de mars ou d’avril où Rilke devait voir les méchantes transitions du printemps.

Mais dans l’allée que je vois il y a également des cons.

Le con est un objet assez peu littéraire à mon goût. Le con est une matière qu’il faut travailler pour l’insérer dans un texte. Ca ne coule pas de source. D’abord il faut s’entendre : certes le con est à l’origine un mot qui désigne l’organe sexuel de la femme. Lequel n’a pas vocation à être plus con qu’un autre organe sexuel, si vous voyez ce que je veux dire. Et comme il semble impossible de remonter à l’origine de la facétie lexicale qui fit un jour dériver ce mot vers des intentions si différentes, et notamment pour qualifier une certaine sorte de gens, dont on croit devoir penser que leur sens commun réside uniquement dans des lieux communs, autrement qualifiables de commodités par quoi on désignait autrefois les fosses d’aisance, on voudra bien ne pas me tenir rigueur d’utiliser celle, de commodité, qui me permet ici de parler des ennemis des cerisiers en les appelant des cons.

Car les cons dont il est question étaient les ennemis des cerisiers.

De toute façon s’il est nécessaire de donner une certaine épaisseur au con afin de mieux justifier l’emploi de ce mot dans un texte, la matière ne manque pas. En effet si le con est ici l’ennemi du cerisier, c’est que très souvent le con est ennemi par nature. Sans ennemi le con serait obligé de s’interroger. Lui-même. Tout seul. Sauf disfonctionnement pathologique avéré, le con tout seul deviendrait obligatoirement moins con. La production de l’ennemi par le con est, remarquons-le, une production presque toujours collective. L’épaisseur du con provient très fréquemment des couches que les cons entre eux s’ajoutent les uns aux autres. C’est en groupe que les cons travaillent à leur œil chafouin et à leur morne tronche. Pour être sûr d’être con et a fortiori d’avoir raison de l’être, le con a besoin du miroir du con d’en face. Tout ceci ne préjugeant pas de l’existence du con jovial, du con heureux, qui sont les mêmes que précédemment lorsqu’il leur paraît avoir atteint un vague niveau de notoriété, ou tout autant lorsqu’ils ont le sentiment d’avoir remporté une grande victoire. Le con victorieux étant un anti-sommet de l’humanité dont les abysses résistent encore à toute exploration de leurs fonds insondables.

Le con victorieux gagne des batailles. Ce qui explique en grande partie l’état du monde actuel, et l’état de la société, notamment.

Le con victorieux se réjouit d’une bataille gagnée sur des cerisiers. En l’occurrence pas pour des queues de cerises, lesquelles sont, en décoction, un excellent laxatif, ce que le con peut être aussi mais avec des effets indésirables dont la liste ne tiendrait pas sur les étagères des Archives Nationales.

Comment le con gagne-t-il une bataille contre des cerisiers ?

En premier lieu, le con est agressé. En réalité il se sent agressé. Car le con est plus souvent en situation de se sentir agressé. Bien plus qu’en situation de l’être. Ce qui fait le sale petit bonheur de quelques affairistes de la politique qui ont fondé sur le con les espoirs hélas prometteurs de toutes leurs politiques, et pas seulement sécuritaires.

Donc le con est agressé. Mettons que cela survienne lors d’une fin de journée où le con, à sa fenêtre, attendant comme tous les soirs l’heure du journal de désinformation de sa chaîne préférée, contemple d’un œil plein de tendresse évidée la tonne et demi de ferraille dont est constituée son automobile amoureusement passée à la peau de chamois tous les week-end. C’est le mois de juin. Il fait bon. Les oiseaux folâtrent. Les mulots aussi. Les chats également. Mais pas tous ensemble.

Or tout à coup et soudainement concomitamment, le con s’ébroue d’une paupière pesante en découvrant que le toit de son carrosse de supermarché est maculé de tâches rougeâtres. Notons que ce n’est bien sur pas la première fois que des cerises mûres tombent sur la tôle de sa bagnole garée devant chez lui. Il faut seulement savoir que l’éveil du con suit des phases au regard desquelles la succession des ères de la préhistoire peut faire figure, par la durée, de spot publicitaire. En fait jusque là, le con s’arrangeait de la situation en transposant sa haine des cerises mûres sur tout le fatras de ses petites haines ordinaires comprenant pêle-mêle les fonctionnaires, les émigrés, ceux qui gagnent au loto alors que lui, non, les jeunes, les vieux, les chinois, etc…

Mais ce soir là, le con a une sorte de révélation : ce sont les cerises qui sont coupables. Et responsables, cela va sans dire.  

Et comme on l’a vu, le con est rarement seul. Le con a entre autre des voisins. Lesquels voisins ont également des autos garées dans l’allée des cerisiers.

Autant l’éveil du con peut prendre beaucoup de temps, autant lorsqu’il s’est sorti de sa léthargie, le con dans l’action devient alors un animal redoutable. Et la meute de cons une arme de destruction massive. S’entend la masse de connerie que ça représente alors.

Une autre caractéristique du con, lorsqu’il jouit du nombre, et pour peu qu’il sache disposer régulièrement de son révolver à bulletins de vote, c’est qu’il est un élément prisé par ce qui sort des urnes. En l’espèce l’édile que le con, en troupeau pétitionnant, va s’empresser d’aller voir afin que celui-ci mette un terme à l’insupportable situation où l’on voit des cerises mûres être plus libres que d’honnêtes citoyens.

L’édile ainsi interpellé, ayant à cœur, ou à cul, on ne sait pas trop, de satisfaire sa part de con que lui-même, probablement sympathisant, pour le moins, tient pour essentielle dans son élection, ne se fera pas autant prier que s’il était question d’aider une initiative d’alphabétisation dans un quartier dit difficile.

Après tout les analphabètes votent peu, voire pas du tout.

Il n’est pas exclu que le con doivent insister un peu pour obtenir que justice lui soit rendue et que les délinquants soient justement châtiés.

Ce n’est, cependant, qu’une question de temps.

Dans l’allée des cerisiers que j’imagine, et qui existe, il n’y a plus de cerisiers. Je vois tout au plus les souches qu’on a dû laisser, et qui permettent au con, certains soirs, à sa fenêtre, en attendant le journal de désinformation de sa chaîne préférée, de commémorer en son fors intérieur sa glorieuse victoire.

Cette histoire est vraie. Elle m’a été racontée par MC. Vous ne la connaissez peut-être pas, MC, et vous avez tort, mais à vous il sera beaucoup pardonné, en vérité, je vous le dis.

J’ai inventé ce qui est sûrement vrai, d’une façon ou d’une autre. Peu importe, ce n’est pas un reportage.

MC, qui habite dans cette allée des cerisiers coupés, a placardé un mot d’insultes à sa fenêtre pour protester. Elle y parlait des enfants.

Mais le plus gros problème avec les cons, c’est que la plupart du temps ils n’ont pas de leçons à recevoir. Sauf d’autres cons.

Y’a pas de morale.

Tout au plus s’ingénier, irréductiblement, à espérer qu’on prenne plus de plaisir, petit à petit, chez les cons, à réfléchir qu’à haïr. Et puis les cons, ça meurt aussi…

 

Dans un cas comme dans l’autre les cerisiers vont avoir le temps de repousser …

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Des barbares

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Des barbares. Entendons-nous bien lorsque nous les nommons. Des barbares. Ces gens sont des barbares. Ce mot s’est imposé depuis l’antiquité, autant en Egypte qu’en Grèce ou à Rome pour désigner tous envahisseurs. Leurs langages incompréhensibles s’ajoutant à des mœurs réputées plus violents que les mœurs des civilisations auxquelles ils s’attaquaient, conduisirent à les assimiler, usant du grec ancien « bar-bar », à du charabia. Et comme ce mot est bien trouvé. Pour qualifier leur langage à eux. Ces barbares. Leur novlangue ainsi qu’il s’est pris l’habitude de dire. Reprenant le concept glaçant de Monsieur Georges Orwell dans « 1984 », lorsqu’il décrit l’élaboration dans le cadre d’un système totalitaire d’un sous-langage, déshumanisé, de nature en affaiblissant les mots et en diminuant leur nombre, à affaiblir et à diminuer la pensée. Jusqu’à l’anéantir.

De même qu’on a pu dire d’un ancien Président de la République Française qu’il n’était pas socialiste mais qu’il avait appris à parler le socialisme, ces gens ne sont pas des humanistes, ils font seulement comme si. Ils imitent jusqu’à la parodie. Ils singent jusqu’au grotesque. Ils maquillent leur verbe comme les comédiens de jadis se plâtraient le visage. Et ce faisant, tout en prétendant animer leur dessein de préoccupations qui en réalité leur sont étrangères, ils font croire à la fois à leur faux humanisme et paradoxalement à la désuétude du concept même d’humanisme. Ainsi, escamoteurs rompus à la duplicité, ils instillent dans les esprits les plus faibles, et dans ceux qu’ils affaiblissent, le sentiment double d’une importance et de même d’une impuissance de l’idée humaniste. C’est une des confusions majeures sur lesquels ils fondent leur fameux projet. En fait leur fortune, leur puissance, leur pouvoir.

Le consumérisme outrancier, les dévastations de la planète, les conflits inextricables, les causes comme les conséquences de cette triade abominable, permettent depuis des décennies l’extension de l’imposture d’un pouvoir politique qu’ils ont colonisé. Un pouvoir dont les traits caractéristiques les plus épais sont aujourd’hui le contrôle, la force et la foi.

Des barbares. Oui. Des barbares endimanchés. Endimanchés sept jours sur sept. Altiers, bien habillés, presque élégants. Compatissants aussi, ils ont en permanence à portée de mains – en fait un de leurs valets le leur tient en réserve – le masque condoléant pour toute circonstance où les ravages qu’ils engendrent se font quelquefois trop voyants. Pédagogue croient-ils être également. Assénant par les intermédiaires de leurs clergés communicationnels les lois issues de runes archaïques que les peuples ne peuvent pas comprendre – ne doivent pas comprendre – mais auxquelles ils doivent se soumettre.

Des barbares civilisés. Ces gens ne sont pas à un oxymore près…

Ils sont instruits. Pour la plupart. D’autres catégories d’entre eux, subalternes, ne sont que programmées. C’est notamment le cas de la chose qui à la tête de notre République, depuis 6 mois, se prend pour un chef d’état. Ils ont lu. Beaucoup lu. Fait lire aussi. Le temps leur manque. Ils se font pré-digérer l’essentiel de la pensée politique, philosophique, scientifique, religieuse, artistique et en absorbent ensuite les essences, les concentrés, la… substantifique moelle. Comme s’ils avaient bien lu. Ils ont lu. Sur toutes les beautés et les terreurs. Sur toutes les espérances et toutes les guerres. Sur toutes les promesses et les condamnations. Sur tous les traités de paix. Sur toutes les trahisons. Sur Hamlet et sur Staline. Sur Caligula et sur Gandhi. Sur Socrate et sur Proust. Erasme, Freud, Lao Tseu, Bourdieu, Saint Augustin, Arendt, tout y est passé. Ils en ont fait comme on dit en langue populaire, leur beurre. Ou leur miel. Ils cherchent eux aussi.

Ce sont des barbares malins. Ils savent bien, ils ont compris, que point n’est besoin désormais de grandes démonstrations militarisantes, avec chemises brunes ou noires, grands chefs psychotiques braillant des horreurs à des foules en délire, et autres théories sanglantes à base de races supérieures, d’extermination et de sous-hommes. Ca n’a finalement pas été si profitable qu’ils l’espéraient. Au siècle dernier. Ces démences criminelles sont aujourd’hui abandonnées aux factions identitaires qui infestent nos sociétés avec pour seul avantage, pour le moment, de servir d’épouvantails dans des calculs électoraux. En attendant mieux,… si nécessaire.

Mais ce sont bien des barbares que je définis ainsi : leur pourvoir doit à terme devenir total, incontestable et impitoyable. Les seuls moyens guerriers qui ont coloré leurs épopées et stigmatisé leur histoire sont rangés de nos jours, par ordre alphabétique ou chronologique, dans les rayonnages des bibliothèques, soumis aux études, thèses et hypothèses. Eux, ceux d’aujourd’hui, sont parvenus à mobiliser pour leur cause des moyens autrement plus importants. Technologique, scientifiques, financiers, bien sûr. Ils possèdent la banque, les laboratoires, tous les centres d’informations, les médias, les usines d’armements. Ils s’approprient l’eau, l’électricité, la nourriture, les voies et les moyens de transports. Ils disposent de tous les vecteurs de communications, directement ou indirectement.

Résumer leur pensée relativiste, ou plus exactement ce qu’ils cherchent à imposer comme pensée relativiste, reviendrait à une sorte de « tout est dans tout, rien n’est dans rien, et inversement. » L’important étant que pendant ce temps… Business as usual.

Ils peuvent emprisonner le monde dans la cage de leur propre épouvante.

Dans la forme de monde qu’ils poussent, qu’ils avancent devant eux, il n’y aura de place que pour quelques parties des peuples. Classées en rang selon mérite, utilité, docilité, rentabilité, et peut-être durabilité. Quant aux autres parties de ces peuples-là…

S’il faut décrire un symptôme particulier de ce que je dis là, il suffit de comprendre ce qui se passe réellement autour de ces pseudos scandales liés à la délinquance financière dont un épisode de plus vient de nous être asséné. Pour une fois, dans les commentaires journalistiques entourant ces révélations qui n’en sont pas, a tout de même pointé ce propos qui établit ceci : durant toutes ces dernières années on a pu penser que c’était le système économique capitaliste, aggravé de son avatar le libéral-totalitarisme, qui générait la délinquance financière. On s’aperçoit maintenant – enfin ! – que c’est l’inverse. Parvenu au stade de s’être répandu à peu près partout c’est cette délinquance financière qui génère le système économique. Un système clairement et délibérément mafieux. Et qu’est-ce que la mafia, sinon la barbarie.  

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