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douze pieds sur terre

Baptistère

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Elles sont toujours là, vertes-folles aux lèvres
Mauves come le sang qu’elles puisent en terre,
Ce rouge couleur nuit qui irradie de fièvres,
Exhalées des froideurs d’antiques baptistères.
 
Elles viennent frôler de leurs ailes de marbre
Les âmes absorbées du fond de l’univers
Par les mers et les monts, les ruisseaux et les arbres,
Et droguent leur éther d’une vie à l’envers.
 
Elles viennent lécher de leurs langues charmées
Les corps encore gazeux des esprits sans visages,
En attente de chair. Elles viennent humer
La tourbe de laquelle un corps nu se dégage.
 
Rituel maïeutique dessous toute messe,
Où de pâles maigreurs, irriguées de sang clair,
Tendent le pseudopode d’un gouffre en détresse
Vers l’infini secret d’une inerte colère.

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Age

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Du soleil reparti au sud
Ne demeure qu’un lointain phare
Sur les champs morts de solitude,
Effleurés de lumière rare.
 
Là-bas la silhouette grêle
D’un venu de l’aube livide
Traverse d’un pas lent et frêle
Le jour écourté et timide.
 
Pourtant longue d’un froid glacé,
Comme d’un voile sur le givre,
L’heure se presse de passer
Où peu de vie s’en va la suivre.
 
L’arbre ne bouge et rien non plus
D’oiseau ou autre ne s’ébruite.
Un livre ancien cent fois relu
Sert le mutisme de la fuite.
 
 

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Liberté

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Toujours te revenir, toujours de longs couloirs,
Et n’en jamais finir d’en subir les détours,
Et l’attente élimée de parloir en parloir,
Où des bibles armées veillent à double tour.
 
Arrimée aux esprits d’une candeur innée,
Baignée des prophéties de vieillarde imposture,
L’or factice remplit, sur ceux des condamnés,
Tes yeux pendus de noir pour les chaines futures.
 
Dans un jour trop étroit pour ignorer la mort,
Je penche dos au mur mon front sur les défunts,
Au souvenir de toi prise parmi ces corps.
 
Et pressé mêmement d’une insoluble fin,  
Sur ton épaule nue, près de ton sein blêmi,
Je pose le moins digne une main qui frémit.

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Enfer

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Ce n’est pas un empire de feu démentiel.
Ni un gouffre grouillant d’infinis hurlements.
Ni le revers du mythe d’un dieu en son ciel.
Ni l’affreuse menace d’un grand châtiment.
 
C’est un insignifié aux allures muettes,
Une once de cosmos à l’inertie pesante,
Un tout sombre joyaux mais aux miroirs qu’inquiète
Une folie de soi aux armes impuissantes.
 
Planté au plus profond vague d’une pauvre âme,
Débattant d’elle-même sa présence au monde,
Et sa présence à l’autre, inconciliable drame,
Mais vers quoi tout amour et toute haine abondent.
 
Chevillé au cortex insoluble de l’être,
Un fantôme de rires et de pleurs cruels,
Ca n’étouffe que sous le malheur de paraître
L’inhumain mouvement d’un insu éternel.
 
L’alibi de souffrir plaide pour qu’il se taise
De milliers d’oripeaux en partages iniques,
Allant s’éventrer même en haut d’une falaise,
Ou se couvrir le chef de couronnes comiques.
 
Solidement campé sur des superstitions,
Il fait, malade atteint de ses propres béquilles,
Graver d’absurdes lois dans d’informes prisons,
S’ériger des pouvoirs dans de creuses coquilles.
 
Mais peut-être une lance, enfin, d’une main sure,
Projetée au-dessus de ses champs d’ombre folles,
Une lance forgée de nouvelles augures,
Peut atteindre le coeur que l’angoisse désole.
 
La lance d’un regard qu’on n’a jamais porté
Sur la châsse scellée de ce poison malin,
Ou bien perçant le flanc de sa fatalité,
Le strident d’une voix et ses crocs assassins.
 
Vitales mais violence au grâces allégées
De leurs corsets crasseux, et défaite de tout
Une transe dansée jusqu’à faire exploser
Ce noyau fait de mort et bardé de verrous.
 
D’une aimante acuité un long trait meurtrier,
Une pensée surgie de toute la puissance
De siècles secrétée, au milieu des geôliers,
Et sème de partout toute une renaissance.
 
Secrète bulle ardente d’un brasier dément,
Eclatant d’un grain pur libre de l’ignorance,
Enfin, enfin visible à l’œil nu, un ferment
Qui au verbe souffrir ôte son immanence.

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Neutron

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Quand parfois quelques mots, anodins et subtils,

Viennent à distiller, au milieu du dédales

D’éreintantes pensées, sur l’air d’être futiles,

Une semée comme une fleur perd ses pétales.

 

Et ce peu qui se meurt, quelque soit l’abandon,

Hasarde de ce vrai que des gouffres dévorent,

Avalant nuits et jours dans un ventre sans fond,

A perte de vue trop petites météores.

 

Ca volette un moment, une mort d’éphémère,

Panique de bouts d’ailes de papillons ivres,

Transportant un message à l’encre délétère,

 

Ainsi que la sybille d’un mythe en délivre.

Inaccessible à l’air seul que nous respirons,

Il y pointe un œil noir en forme de neutron.

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Crime

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Crime s’avance en nombre, énigmé de lueurs,

L’œil faux toujours brillant, et l’œil vrai,

Accablé de tourments, pour conjurer sa peur,

A la honte réserve ses plus lâches traits.

 

Majesté encensée d’angoisse et de fantasmes,

Terrifiant serviteur des causes privatives,

Sournoise damoclès, confortable marasme,

Traine humaine au passage de terreurs plaintives.

 

 Il se laisse sans peine aussi coloniser.

Dans des champs où l’honneur, linceul sacrificiel,

Pour des dieux et des maîtres aux oeuvres damnées,

 

Sert de loi. Et aux peuples tournés vers le ciel,

De sombre couverture au coupable destin

D’avoir commis en guerre un meurtre de voisin.

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Vanité

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Entre les pourpres pans seulement entrouverts

Des rideaux accrochés dans les cintres célestes,

D’où un phare glacial rétrécit l’univers,

Voir dans leur vanité le calme de tes restes.

 

Découvrir de ton crâne tout déguenillé,

Parfaitement défait de son étroit costume

De chair mince et de fine peau éparpillée,

Immobile grimace, le charme posthume.

 

Deviner le tangible, le paisible état,

Dans les trous incongrus d’orbites impavides,

Sous la sèche paroi de ce bref habitat,

 

L’éternité partout qui travestit le vide.

Qui roule des étoiles, qui sème du sable,

Et nous rend le néant ainsi méconnaissable.

 

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Chimère

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Alors tu te rendors, mystérieux appétit.
Tes langueurs éreintées, sur de lentes pâtures,
S’écoulent pesamment, volcaniques bavures,
Vers le gosier béat du cœur qui ralentit.

Dans les chaleurs mouillées se tend et se dilate
La pénombre encensée par les odeurs des chairs.  
Et la faveur obscure de ce sanctuaire 
Protège entre leurs bras un sommeil écarlate.

Ici leur corps tremblant d’une grève épiderme
Ressemblent aux chevaux harassés de leur course.
De même illuminés ils reniflent la source
Dont s’irise ébloui le flot qui se referme.

Ici un temple git, unissant leurs visages,
Partage de leurs vœux aux fluides égarés,
Mélange de leur goût aux bouches emparées,
Confusion de leur songe en aphones ramages.

De leur souffle à l’empreinte de leurs voluptés,
Descend sur eux la grâce, encor, d’emprisonner
Le sentiment du feu dont il se sont donnés,
Ils baignent dans la cendre aux relents parfumés.

Ils se sont relégués de rien dans ce repaire.
Ils se sont étonnés que tout sens les ait fui.
Juste à sentir la faim qui les avait conduits,
Ventres creux, œil acide et mâchoires primaires.

Les griffes en fusion piquant l’échine d’ambre,
L’incisive enchâssant les maxillaires lèvres,
Fauves l’un avec l’autre confondant leur fièvre.
D’étreintes invoquée la chimère se cambre.

D’un puits rauque percé par les gémissements,
La rage délicieuse aux mille éclats surgis
Se déploie et déforme un zénith élargi
D’où provient l’inconnu de leur ravissement.

La peau en sueur luit de sa nimbe dorure.
La créature enivrée se roule et se tord,
De l’éperon dressant son impatient essor,
Du fourreau présentant sa prenante monture.

Rudes ardeurs trempées au galop du Centaure.
Otage de tendresse sous l’arche des reins.
Lion ailé conduisant l’attelage marin,
Passage d’une étrave à proue de sémaphore.

Harnaché au garrot de la sauvagerie,
Dégoulinant des eaux suintées par tous les pores,
Ecumant et grondant et se roulant encore
Dans des élans gracieux doués de brusquerie.

Monstre sublime épris de gestes magnifiques.
Les longs cris se supplient, s’implorent que ne cesse
La dérive barbare parée de caresses
L’entraînant se vautrer en dévotions orphiques.

De ces ébats fumant d’un rut incandescent,
L’esprit dissout reçoit un philtre dans les veines,
Et l’âme dans les flancs de cette intime arène
Se saisit de ses rennes pour charmer le sang.

Dans cet envoûtement le ressac et le flux
Accélèrent ensemble leur force en cadence 
Et l’animal flairant la trouble délivrance
Se redresse et se cabre et il ne manque plus

Qu’un tour d’étau ultime aux membres qui se nouent
Qu’une chute élancée vers le haut d’un cratère
L’enchaînement flambant se soulève de terre
Et fait jaillir de lui comme un volcan s’ébroue

Sève chaude et cris noirs aveuglants et nacrés
Projetés, exaltés de carcasses en feu
La syncope d’un trait dans un émoi furieux
Suspendue dans le laps d’un infini sacré

Fixant sa pointe aiguë de vertige orageux
Avant d’en libérer les vapeurs opulentes
Sur les chairs sidérées aux haleines brûlantes
Agitée de sursauts et de sanglots nerveux.

Chevauchée médusée traversée du courant
Diffusé dans la fibre en exaltants frissons,
Frémissant la mâchoire et renversant le front,
Bouche écumante et l’œil devenu dévorant.

Enfin c’est le silence en lequel tout s’achève.
L’un de l’autre le corps double se redéfait.
L’écho des sons et des odeurs les stupéfait.
La crainte les saisit d’une incertaine trêve.

Dans l’immobilité où l’instant sans limite
De lui-même s’éteint, où peu à peu s’effacent
Les traces des éclats, l’esprit reprend l’espace.
La chimère haletante, effondrée, se délite.

Un fragment de cosmos est l’unique unité
Dont elle va mourir pour avoir su en naître.
Elle s’est affalée avant de disparaître,
Rendant les corps émus qu’elle avait empruntés.

Vers le gosier béat de leur cœur ralenti,
S’écoulent pesamment, volcanique bavures,
Des langueurs éreintées sur de lentes pâtures.
Ainsi tu te rendors, mystérieux appétit.

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Nébuleuses

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Grand ciel plein de tourments, où tout semble immobile,

Où soudain toute seule une étoile qui file

Hante d’un millimètre des rêves avides,

Et s’éteint violemment sous la voute impavide.

 

La pensée s’hallucine d’une destinée,

Calcule et recalcule des coordonnées

De novas, de trous noirs, de rochers, de pulsars,

Soupçonnant un dessein, pourchassant le hasard.

 

Puis la pâle raison, ivre, s’évanouit,

A l’insu d’être là dans ce vaste inouï,

Et l’infante folie comme un charme diffus

 

Encense de ses ondes partout à l’affût

Des âmes en linceuls, des âmes en berceuses,

Petits astres mourants, naissantes nébuleuses.

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Berceau

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Etendu yeux ouverts et bras le long du corps,

Sur un vieux fond de bois sentant algue et poisson.

Il rêve insouciamment, pas plus vivant que mort,

Au berceau dont le flot lui fait consolation.

 

D’amarres n’a jamais rien largué nulle part,

Ni accroché une encre au rivage du monde.

D’un doux silence froid, loin des fracas épars,

Il contine un espoir sous l’abyssale ronde.

 

Le vent sur son visage écope le trop plein.

La nuit sèche sa plainte et le jour, perle brume,

Le protège des cris qui froissent le lointain.

 

Rarement il ressent, comme un cœur qu’on exhume,

Un appel à la vie, quelques notes d’un chant,

Or ce n’est chaque fois qu’un cadavre d’antan.

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