Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Articles avec #douze pieds sur terre tag

Chimère

Publié le par TW

Alors tu te rendors, mystérieux appétit.
Tes langueurs éreintées, sur de lentes pâtures,
S’écoulent pesamment, volcaniques bavures,
Vers le gosier béat du cœur qui ralentit.

Dans les chaleurs mouillées se tend et se dilate
La pénombre encensée par les odeurs des chairs.  
Et la faveur obscure de ce sanctuaire 
Protège entre leurs bras un sommeil écarlate.

Ici leur corps tremblant d’une grève épiderme
Ressemblent aux chevaux harassés de leur course.
De même illuminés ils reniflent la source
Dont s’irise ébloui le flot qui se referme.

Ici un temple git, unissant leurs visages,
Partage de leurs vœux aux fluides égarés,
Mélange de leur goût aux bouches emparées,
Confusion de leur songe en aphones ramages.

De leur souffle à l’empreinte de leurs voluptés,
Descend sur eux la grâce, encor, d’emprisonner
Le sentiment du feu dont il se sont donnés,
Ils baignent dans la cendre aux relents parfumés.

Ils se sont relégués de rien dans ce repaire.
Ils se sont étonnés que tout sens les ait fui.
Juste à sentir la faim qui les avait conduits,
Ventres creux, œil acide et mâchoires primaires.

Les griffes en fusion piquant l’échine d’ambre,
L’incisive enchâssant les maxillaires lèvres,
Fauves l’un avec l’autre confondant leur fièvre.
D’étreintes invoquée la chimère se cambre.

D’un puits rauque percé par les gémissements,
La rage délicieuse aux mille éclats surgis
Se déploie et déforme un zénith élargi
D’où provient l’inconnu de leur ravissement.

La peau en sueur luit de sa nimbe dorure.
La créature enivrée se roule et se tord,
De l’éperon dressant son impatient essor,
Du fourreau présentant sa prenante monture.

Rudes ardeurs trempées au galop du Centaure.
Otage de tendresse sous l’arche des reins.
Lion ailé conduisant l’attelage marin,
Passage d’une étrave à proue de sémaphore.

Harnaché au garrot de la sauvagerie,
Dégoulinant des eaux suintées par tous les pores,
Ecumant et grondant et se roulant encore
Dans des élans gracieux doués de brusquerie.

Monstre sublime épris de gestes magnifiques.
Les longs cris se supplient, s’implorent que ne cesse
La dérive barbare parée de caresses
L’entraînant se vautrer en dévotions orphiques.

De ces ébats fumant d’un rut incandescent,
L’esprit dissout reçoit un philtre dans les veines,
Et l’âme dans les flancs de cette intime arène
Se saisit de ses rennes pour charmer le sang.

Dans cet envoûtement le ressac et le flux
Accélèrent ensemble leur force en cadence 
Et l’animal flairant la trouble délivrance
Se redresse et se cabre et il ne manque plus

Qu’un tour d’étau ultime aux membres qui se nouent
Qu’une chute élancée vers le haut d’un cratère
L’enchaînement flambant se soulève de terre
Et fait jaillir de lui comme un volcan s’ébroue

Sève chaude et cris noirs aveuglants et nacrés
Projetés, exaltés de carcasses en feu
La syncope d’un trait dans un émoi furieux
Suspendue dans le laps d’un infini sacré

Fixant sa pointe aiguë de vertige orageux
Avant d’en libérer les vapeurs opulentes
Sur les chairs sidérées aux haleines brûlantes
Agitée de sursauts et de sanglots nerveux.

Chevauchée médusée traversée du courant
Diffusé dans la fibre en exaltants frissons,
Frémissant la mâchoire et renversant le front,
Bouche écumante et l’œil devenu dévorant.

Enfin c’est le silence en lequel tout s’achève.
L’un de l’autre le corps double se redéfait.
L’écho des sons et des odeurs les stupéfait.
La crainte les saisit d’une incertaine trêve.

Dans l’immobilité où l’instant sans limite
De lui-même s’éteint, où peu à peu s’effacent
Les traces des éclats, l’esprit reprend l’espace.
La chimère haletante, effondrée, se délite.

Un fragment de cosmos est l’unique unité
Dont elle va mourir pour avoir su en naître.
Elle s’est affalée avant de disparaître,
Rendant les corps émus qu’elle avait empruntés.

Vers le gosier béat de leur cœur ralenti,
S’écoulent pesamment, volcanique bavures,
Des langueurs éreintées sur de lentes pâtures.
Ainsi tu te rendors, mystérieux appétit.

Voir les commentaires

Nébuleuses

Publié le par TW

Grand ciel plein de tourments, où tout semble immobile,

Où soudain toute seule une étoile qui file

Hante d’un millimètre des rêves avides,

Et s’éteint violemment sous la voute impavide.

 

La pensée s’hallucine d’une destinée,

Calcule et recalcule des coordonnées

De novas, de trous noirs, de rochers, de pulsars,

Soupçonnant un dessein, pourchassant le hasard.

 

Puis la pâle raison, ivre, s’évanouit,

A l’insu d’être là dans ce vaste inouï,

Et l’infante folie comme un charme diffus

 

Encense de ses ondes partout à l’affût

Des âmes en linceuls, des âmes en berceuses,

Petits astres mourants, naissantes nébuleuses.

Voir les commentaires

Berceau

Publié le par TW

Etendu yeux ouverts et bras le long du corps,

Sur un vieux fond de bois sentant algue et poisson.

Il rêve insouciamment, pas plus vivant que mort,

Au berceau dont le flot lui fait consolation.

 

D’amarres n’a jamais rien largué nulle part,

Ni accroché une encre au rivage du monde.

D’un doux silence froid, loin des fracas épars,

Il contine un espoir sous l’abyssale ronde.

 

Le vent sur son visage écope le trop plein.

La nuit sèche sa plainte et le jour, perle brume,

Le protège des cris qui froissent le lointain.

 

Rarement il ressent, comme un cœur qu’on exhume,

Un appel à la vie, quelques notes d’un chant,

Or ce n’est chaque fois qu’un cadavre d’antan.

Voir les commentaires

Préméditation

Publié le par TW

A ton enterrement je vais,

Le cœur peut-être un peu noué,

Comme si je me souvenais

De ton miroir que j’ai troué.

 

Chaque aube fondante de mauve,

A l’ombre d’une traître pluie,

Dans une odeur poisseuse et fauve

Qu’exhalent de crasseux ennuis.

 

Et puis quand bien tassée la terre

Dans le champ calme d’outre-langue,

Je range froid mon révolver,

 

Je reviens au monde qui tangue.

Je quête à nouveau d’une voix

Qu’encore chante l’être en moi.

Voir les commentaires

Jours

Publié le par TW

Chaloupes indécises, les jours qui dérivent,

Leurs contenus versant dans les nuits qui les noient,

Secrètement font bruire des ondes lascives

D’un message caché dans leur coque de noix.

 

Peu d’entre peuvent dire de leurs cargaisons,

D’une improbable main et sur quel gouvernail.

Commençant, finissant, sans aucune raison

Que les subtiles lois d’un cosmique foirail.

 

Seul un amour ici, ou ailleurs quelque crime,

Ou un château en feu, un peuple qui s’éveille,

Offrent à l’un d’entre eux une date sublime

 

Qui dore son esquif de sang ou de soleil.

Tous autres égrenés dispersent leur semence

Dans les champs inconnus d’une aveugle patience.

 

 

Voir les commentaires

Ombre

Publié le par TW

 

Rencontré l’ombre rouge un matin primitif,

Clandestine doublure apparue d’un aveu.

D’une éclipse pochée par un essor votif.

A feux doux l’aube ornait des orgues nuageux.

 

Nul dieu évidemment, ni passé ni présent.

Nulle grise fumée, nul élixir complice.

Aucun rêve sorcier, aucun charme pesant

D’un scintillant trompeur sur ce moment propice.

 

Juste un message clos comme un habit sans drap.

Ou lorsqu’un peu de vent nimbe le solitaire.

Ou que de l’inconnu se voit tendre les bras

 

De l’autre bord d’un gouffre d’où fuit leur éther.

Que la vaine prudence et son lampion stupide

S’éteint pour un instant de flagrance lucide.

 

Voir les commentaires

Rêves

Publié le par TW

Rappelle-lui, nous finissions

Toujours plus ou moins éventrés

Sur un banc mouillé de limons

Une fois la crue retirée.

 

Sous le regard des yeux de gaz

Qui du fond des cieux, en silence,

Tournent leurs mécaniques phases

Parmi les restes d’une danse.

 

Les arbres gris pleuvaient en poudre

Dans des brassées lourdes de vent

D’où les rêves, de se découdre,

 

Fument sans fin le survivant,

Inspirant de leurs alluvions

Les airs puissants de la passion.

Voir les commentaires

Ver

Publié le par TW

Toisant, pensif, le frère, éternel assassin,

Ecoeuré de batailles au nombre sans fin,

Qu’une froide mémoire sacralise en vain,

Le ver est dans le fruit et regarde Caïn.

 

Triste, mélancolique et dans les airs fumeux

Balançant d’une épingle sa tête insolite,

Tordant son petit corps grasseyant et gracieux,

D’une crosse effarée questionnant les limites.

 

 Il vit sans extinction du désastreux produit

Dont chimères et dieux agitent sous le nez

Des frères et des sœurs, le fatum, et poursuit

 

Sans relâche un repas de chairs abandonnées.

Que les esprits ont fuies, flottant aux vents obscurs.

Ils rejoignent d’Abel la voyante serrure.

 

Voir les commentaires

Hallumination

Publié le par TW

En simple habit de peau, le fils d’une gorgone,

Casqué de cauchemar, chevauche aveuglément

Une ellipse de vent de soufre et de carbone

Au-dessus des morts-mondes couverts de ciment.

 

Une rengaine symphonique électrifiée

Par des parques de fer, jette des feux sonores

A la houle en spirale d’un gouffre effrayé,

Pleuvant en vain des vœux commis en météores.

 

Dans sa chambre de verre aux noueuses dorures

Secrètement persiste, pile incandescente,

Comme un crâne scellé hanté d’une serrure,

 

Invisible pourtant, une corde dansante.

Illusoire promesse ou bien hubris ultime

Pour fuir le tout-mourant médusé par l’abîme.

Voir les commentaires

Trouble

Publié le par TW

L’ennui gonfle sa propre voile

D’une haleine empesée d’alcool,

Flasque panse de molle toile

Plus ou moins resserrée au col.

 

Glisse ballant insubmersible

Au dos d’une lame étendue,

Onde sans vent, presque illisible,

Sans écume et sans or perdu.

 

Flottent dans la tiédeur sableuse

De tous petits bouts de soi noir.

Pénible palme suspicieuse,

 

Ultime isthme des froids brûloirs,

Une main, est-ce vrai ou faux,

Cherche le manche du couteau.

 

Voir les commentaires

1 2 > >>