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douze pieds sur terre

Préméditation

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A ton enterrement je vais,

Le cœur peut-être un peu noué,

Comme si je me souvenais

De ton miroir que j’ai troué.

 

Chaque aube fondante de mauve,

A l’ombre d’une traître pluie,

Dans une odeur poisseuse et fauve

Qu’exhalent de crasseux ennuis.

 

Et puis quand bien tassée la terre

Dans le champ calme d’outre-langue,

Je range froid mon révolver,

 

Je reviens au monde qui tangue.

Je quête à nouveau d’une voix

Qu’encore chante l’être en moi.

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Jours

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Chaloupes indécises, les jours qui dérivent,

Leurs contenus versant dans les nuits qui les noient,

Secrètement font bruire des ondes lascives

D’un message caché dans leur coque de noix.

 

Peu d’entre peuvent dire de leurs cargaisons,

D’une improbable main et sur quel gouvernail.

Commençant, finissant, sans aucune raison

Que les subtiles lois d’un cosmique foirail.

 

Seul un amour ici, ou ailleurs quelque crime,

Ou un château en feu, un peuple qui s’éveille,

Offrent à l’un d’entre eux une date sublime

 

Qui dore son esquif de sang ou de soleil.

Tous autres égrenés dispersent leur semence

Dans les champs inconnus d’une aveugle patience.

 

 

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Ombre

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Rencontré l’ombre rouge un matin primitif,

Clandestine doublure apparue d’un aveu.

D’une éclipse pochée par un essor votif.

A feux doux l’aube ornait des orgues nuageux.

 

Nul dieu évidemment, ni passé ni présent.

Nulle grise fumée, nul élixir complice.

Aucun rêve sorcier, aucun charme pesant

D’un scintillant trompeur sur ce moment propice.

 

Juste un message clos comme un habit sans drap.

Ou lorsqu’un peu de vent nimbe le solitaire.

Ou que de l’inconnu se voit tendre les bras

 

De l’autre bord d’un gouffre d’où fuit leur éther.

Que la vaine prudence et son lampion stupide

S’éteint pour un instant de flagrance lucide.

 

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Rêves

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Rappelle-lui, nous finissions

Toujours plus ou moins éventrés

Sur un banc mouillé de limons

Une fois la crue retirée.

 

Sous le regard des yeux de gaz

Qui du fond des cieux, en silence,

Tournent leurs mécaniques phases

Parmi les restes d’une danse.

 

Les arbres gris pleuvaient en poudre

Dans des brassées lourdes de vent

D’où les rêves, de se découdre,

 

Fument sans fin le survivant,

Inspirant de leurs alluvions

Les airs puissants de la passion.

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Ver

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Toisant, pensif, le frère, éternel assassin,

Ecoeuré de batailles au nombre sans fin,

Qu’une froide mémoire sacralise en vain,

Le ver est dans le fruit et regarde Caïn.

 

Triste, mélancolique et dans les airs fumeux

Balançant d’une épingle sa tête insolite,

Tordant son petit corps grasseyant et gracieux,

D’une crosse effarée questionnant les limites.

 

 Il vit sans extinction du désastreux produit

Dont chimères et dieux agitent sous le nez

Des frères et des sœurs, le fatum, et poursuit

 

Sans relâche un repas de chairs abandonnées.

Que les esprits ont fuies, flottant aux vents obscurs.

Ils rejoignent d’Abel la voyante serrure.

 

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Hallumination

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En simple habit de peau, le fils d’une gorgone,

Casqué de cauchemar, chevauche aveuglément

Une ellipse de vent de soufre et de carbone

Au-dessus des morts-mondes couverts de ciment.

 

Une rengaine symphonique électrifiée

Par des parques de fer, jette des feux sonores

A la houle en spirale d’un gouffre effrayé,

Pleuvant en vain des vœux commis en météores.

 

Dans sa chambre de verre aux noueuses dorures

Secrètement persiste, pile incandescente,

Comme un crâne scellé hanté d’une serrure,

 

Invisible pourtant, une corde dansante.

Illusoire promesse ou bien hubris ultime

Pour fuir le tout-mourant médusé par l’abîme.

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Trouble

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L’ennui gonfle sa propre voile

D’une haleine empesée d’alcool,

Flasque panse de molle toile

Plus ou moins resserrée au col.

 

Glisse ballant insubmersible

Au dos d’une lame étendue,

Onde sans vent, presque illisible,

Sans écume et sans or perdu.

 

Flottent dans la tiédeur sableuse

De tous petits bouts de soi noir.

Pénible palme suspicieuse,

 

Ultime isthme des froids brûloirs,

Une main, est-ce vrai ou faux,

Cherche le manche du couteau.

 

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Ronde

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Dans un virevoltant bouquet d’éventails, vivre

De lames hérissées en griffes animales.

A la renverse tête au bout des reins et suivre

Une ronde foraine à la joie infernale.

 

Tournoyer, tournoyer, parmi des fleurs diaprées,

Des pétales de peau comme des confettis,

Des cris, la trouille au cul, comme des chants sacrés,

Et les fins qui moulinent petit à petit.

 

Et ça ploie, et ça tort, ainsi que souffre un monde

Aux collines taillées en mâchoires géantes,

Aux crevasses gavées de pénitence immonde,

 

Aux frayeurs ajustées à des fois aberrantes.

Qu’est-ce que cette chute qui s’affole en moi,

Qu’une vie étonnante d’amour et d’effroi.

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